Festival Vo-Vf, le monde en livres, du 30 septembre au 2 octobre à Gif-sur-Yvette

Dernier né des festivals littéraires d’Ile-de-France et premier en son genre, le festival Vo-Vf, le monde en livres a la particularité d’aborder la littérature étrangère par le biais de ses traducteurs. Du 30 septembre au 02 octobre 2016, une trentaine de tables rondes et ateliers se dérouleront dans toute la ville de Gif-sur-Yvette. Une occasion pour les lecteurs de rencontrer ces « auteurs derrière l’auteur » que sont les traducteurs littéraires et de découvrir avec eux langues et cultures étrangères.

 

Le monde en livres, la parole aux traducteurs

festival Vo-Vf, le monde en livres du 30 septembre au 02 octobre 2016

 

« Lire et faire lire », tel est l’objectif poursuivi par les libraires fondateurs du festival Vo-Vf, le monde en livres dont la quatrième édition se tiendra du 30 septembre au 2 octobre à Gif-sur-Yvette, au sud-ouest de Paris. Et quel meilleur passeur d’une œuvre de littérature étrangère que son traducteur qui est resté plusieurs mois plongé dans l’ouvrage et qui, par ailleurs, est bien souvent à l’origine de sa découverte par l’éditeur…

Les traducteurs ont enfin leur festival !

Lorsqu’ils invitent pour la première fois deux auteurs étrangers, l’indien Tarun J.Tejpal, puis l’Iranienne Zoyâ Pirzâd, accompagnés de leurs traducteurs, les libraires de Liragif et de La Vagabonde & sa Fabrique constatent d’emblée le vif intérêt des lecteurs pour l’éclairage apporté par les traducteurs. La décision collégiale est rapidement prise de « pousser les murs de nos librairies en organisant trois jours de rencontres avec les traducteurs afin de donner la parole à ces auteurs de l’ombre », se souvient Hélène Pourquié. Le festival Vo-Vf est né, dont la première édition se tiendra en 2013, sous les bons auspices d’Agnès Desarthe et de Claro, traducteur à l’honneur, qui annonce à l’époque sur son blog la bonne nouvelle : « Qu’on se le dise : les traducteurs ont enfin leur festival, et c’est un festival de livres et de lecteurs ! »

Suivront en 2014 et 2015 d’autres parrains bienveillants, tels que Patrick Deville, Pierre Assouline, André Markowicz, Tobie Nathan et le regretté Jean-Pierre Carasso, entre autres invités qui marqueront ces premières années. La programmation, soucieuse de présenter des œuvres majeures, de mettre en lumière le travail des traducteurs et d’aborder le vaste champ des langues et du langage tente de balayer le plus large éventail de cultures et de pays et de varier les thématiques à chaque nouvelle édition.

Maylis de Kerangal et sa traductrice canadienne Jessica Moore

Pour ce quatrième rendez-vous, ce sont des marraines qui prennent le relais, avecMaylis de Kerangal et sa traductrice canadienne Jessica Moore, également poète et musicienne, pour la soirée d’inauguration vendredi 30 septembre, et la russophone Luba Jurgenson, traductrice à l’honneur, qui viendra parler de son travail sur les récits de témoignages du goulag, objet de ses recherches, mais aussi de son expérience du bilinguisme dont elle a tiré un précieux recueil « Au lieu du péril » (Verdier, 2014).

La Belgique et ses deux langues, flamande et francophone, est une autre invitée spéciale du festival, avec deux auteurs de renom, Jean-Philippe Toussaint et Tom Lanoye, accompagnés de leurs traducteurs, vers l’italien et l’espagnol pour le premier, vers le français pour le second. Tous deux viendront rappeler que, au-delà de leur différence linguistique, l’autodérision et l’humour restent une valeur belge commune, chacun dans son style. L’auteure et traductrice Diane Meur (belge également, mais qui le sait ?) viendra présenter sa plus récente traduction de l’anglais (Afrique du Sud), ainsi qu’un livre de Tezer özlü qui lui est cher et dont l’histoire entraîne le lecteur en Turquie et en Allemagne, mais aussi sur les traces de Kafka, Svevo et Pavese…

De la littérature kurde aux œuvres du féminisme afro-américain

Parmi les rendez-vous à ne pas manquer, l’intervention de la scientifique Françoise Balibar sur la traduction des écrits de Albert Einstein, la table ronde sur la rentrée littéraire, celle sur les littératures lusophone et néo-zélandaise, la présentation du théâtre de l’Est par la Maison d’Europe et d’Orient, la découverte de la littérature kurde avec la BULAC, la table ronde sur « Traduire les textes sacrés » ou encore celle sur la traduction du « black feminism » ou féminisme afro-américain, entre autres éléments de programmation de cette 4e édition.

Certains sont devenus des rendez-vous attendus du public, tel que les jeux traductifs proposés par les stagiaires de l’École de traduction littéraire du CNL-Asfored qui invitent la salle à participer à ses « colles de traduction » et autres pièges posés par le passage d’une langue à une autre, d’une culture à une autre. 

Pour les enfants, la découverte des langues

Les enfants bénéficient d’une programmation qui leur est spécialement destinée, comprenant des ateliers d’arts plastiques, d’origami ou encore de découverte des langues avec l’association Kidilangues, des lectures de contes, un goûter sur les pelouses du parc du château, entre autres. 

La manifestation, qui a reçu l’an passé mille visiteurs venus de toute l’Ile de France, est entièrement libre d’accès et gratuite, et tient à le rester… Pour ce faire, chaque année, le bénéfice des ventes réalisées par la librairie éphémère Babel durant le week-end est totalement réinvesti dans l’organisation du festival. 

L’équipe a également lancé une campagne de financement participatif surhelloasso, encore en cours. Les organisateurs remercient les contributeurs dans la quinzaine de langues présentes cette année à Vo-Vf, le monde en livres : thank you, hvala, Danke, tack, takk , спасибо, dank u, 감사obrigado, spasممنونgracias, 谢谢, faleminderit, ευχαριστώ.

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Jean-Philippe Toussaint laisse le “final cut” à ses traducteurs

Il est l’un des auteurs belges les plus traduits dans le monde, et aussi l’un des rares écrivains à réunir régulièrement ses traducteurs pour répondre à leurs questions. Jean-Philippe Toussaint expérimente depuis 2000 ces sessions collectives dont il garde la trace sur son site sous forme de vidéos et de comptes rendus. Cet été, il travaillait avec ses traducteurs sur les livres FuirLa Réticence ou encore le dernier paru Football pour ses lecteurs tchèques, chiliens, estoniens ou encore chinois.

Jean-Philippe Toussaint et son traducteur en américain, John Lambert. Seneffe 2016.

Jean-Philippe Toussaint est un écrivain qui a choisi d’accompagner ses traducteurs, à moins que ce ne soit l’inverse… Nombre d’entre eux l’ont en effet traduit pour leur propre plaisir avant de proposer leur traduction à un éditeur. C’est le cas de sa traductrice tchèque Jovanka Sotolova, de ses derniers traducteurs en espagnol et en italien, Magali Sequera et Stefano Lodirio, ou encore du Canadien John Lambert pour les États-Unis, quatre des sept traducteurs réunis cet été au collège de Seneffe (Belgique) pour travailler avec « leur » auteur. Les traductrices Leena Tomasberg et Triinu Tamm venaient pour leur part d’Estonie et Wenzhu Pan, qui abordait sa première traduction d’un texte de Jean-Philippe Toussaint, de Chine où l’ensemble des livres de l’auteur a été traduit.

 Les traducteurs accueillis en résidence au château de Seneff

Le Collège des traducteurs qui les accueille, installé dans les anciennes écuries du château de Seneffe, transformées en chambres d’hôtes, reçoit en résidence chaque été depuis 1996 des auteurs ou des traducteurs en leur offrant un cadre et un calme propices à la création. « Priorité est donnée aux traducteurs étrangers d’auteurs belges de langue française, mais le collège ouvre également ses portes à toute autre combinaison linguistique, avec, toutefois, le français comme langue d’arrivée ou de départ », précise Françoise Wuilmart, sa fondatrice et directrice. Jean-Philippe Toussaint est familier des lieux où il a déjà mené cinq séminaires, le premier autour de la traduction de Autoportrait à l’étranger (2000), puis Faire l’amour (2003), Fuir (2006), La Vérité sur Marie (2010) et Nue (2014).

La session de cet été est pour la première fois consacrée à différents livres, dontFootball, déjà traduit et paru en juin dernier pendant la coupe d’Europe, en allemand FuBball, anglais Football, néerlandais Voetbal, et danois Footbold, en attendant les traductions italiennes Calcio, espagnole Fútbol et peut-être américaine Soccer

Les séances de travail avec l’auteur se déroulent chaque jour de 11 h à 13 h, pendant sept jours, et débutent par les questions sur les traductions en cours. Tour à tour, les traducteurs font part des difficultés qu’ils rencontrent. Pour cette première séance, l’expression « ligne morte » extraite de La Réticence semble donner du fil à retordre aux traducteurs dans plusieurs langues. John Lambert qui a déjà traduit l’ouvrage en anglais recherche pour ses collègues quelle solution il avait trouvée.

-« C’est où ? », interroge-t-il, en feuilletant sa traduction.
– « Premier paragraphe, tout au début », lui indique-t-on
– « C’est souvent là que les difficultés commencent… », ironise sa collègue estonienne.

Elles se poursuivent avec la boîte aux lettres. Jean-Philippe Toussaint mime le geste du héros, la façon dont il essaie d’ouvrir la boîte, de la tirer vers lui pour la faire céder, indique « c’est un mouvement plutôt vertical qu’horizontal », puis viennent les questions de vocabulaire. L’auteur consulte la définition de l’adjectif « savoureux » sur le site du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (une mine, un trésor, une corne d’abondance, ndr), précise qu’il l’emploie moins au sens culinaire que dans celui de « qui a du charme, du sel, qui séduit l’esprit, stimule l’attention, l’intérêt ». 

Tordre la langue pour rendre l’effet

On s’attarde longuement dans Football sur les expressions « chauve de cœur », puis sur l’équipe allemande « affligée » de maillots de rugby rouge et noir. « C’est quelque chose qu’on ne dit pas en français d’habitude », indique l’auteur. Aux traducteurs de trouver comment tordre leur langue pour produire le même effet comique. « Ché cosa é Une frappe très pure ? », interroge Stefano. « Lis la presse sportive italienne ! », l’encourage Jean-Philippe Toussaint qui n’emploierait certes pas « tir au but » pour « penalty »

Leena achoppe de son côté sur la traduction du mot « saison » dans la phrase « C’était l’occasion, le moment opportun, la faveur, la saison », tirée de Fuir. Le terme estonien, explique-t-elle, renvoie plus au labeur qu’au passage du temps. « Change. Prends le mot printemps », l’autorise l’auteur qui conseille à sa traductrice la relecture du poème de Guillaume Apollinaire Le Pont Mirabeau.

Traduction Assistée par Ordinateur de « caissons lumineux àTokyo »

Autre méthode que la paraphrase éclairante ou le synonyme adéquat pour préciser un élément du récit, la « Traduction Assistée par Ordinateur », ainsi nommée par Jean-Philippe Toussaint la première fois qu’il a eu recours à une de ses photographies pour expliquer à sa traductrice néerlandaise, Marianne Kaas, ce qu’étaient des « caissons lumineux » sur les façades de Tokyo dans une phrase tirée de Faire l’amour : « une colonne de lumière qui montait à la verticale le long de la façade, composée de sept ou huit caissons lumineux superposés qui annonçaient la présence de bars à chaque étage du bâtiment ».

Stefano cherche de son côté sur internet quelle « veranda » italienne, couverte ou pas, correspond à la terrasse toussaintienne, Leena vérifie l’aspect du litchi sur la tablette de Wenzhu, mais s’inquiète : combien de ses lecteurs estoniens pourront-ils reconnaître le fruit derrière le nom du personnage (Li Qi) ? Presque autant que de lecteurs français, probablement…

Le traducteur doit-il corriger les fautes de l’auteur ? Non.

La deuxième partie de la séance aborde des problématiques plus générales, telles que « Faut-il corriger les fautes de l’auteur ? », « Comment traduire les citations, les noms propres », etc. Jean-Philippe Toussaint donne son point de vue, sur les notes qu’il préfère en fin de livre pour ne pas gêner la lecture, sur les fautes qu’il convient de conserver puisqu’elles figuraient dans l’original, celles-ci parfois signalées par les traducteurs les plus scrupuleux. Yu Zhongxian, traducteur de Football, indique ainsi à ses lecteurs chinois que le joueur Ono ne portait pas le n° 8, comme écrit par l’auteur, mais le n° 18 (Note de bas de page supprimée dans la version finale…). 

Le traducteur est, faut-il encore en apporter la preuve, le plus vigilant des lecteurs. Il est aussi celui à qui revient le « final cut », comme l’énonce à de multiples reprises Jean-Philippe Toussaint. « Je n’ai pas de compétence pour juger de la traduction, je n’interviens que sur l’aspect littéraire. Pour le reste, vous restez aux manettes, c’est à vous qu’appartient la décision finale. Et il faut alors avoir la main ferme ».

« Le traducteur doit-il se montrer humble ou présomptueux? », Jean-Philippe Toussaint et ses traducteurs, Seneffe 2016

S’il se plaît à accompagner ses livres à l’étranger, Jean-Philippe Toussaint apprécie tout autant de participer aux créations et aux recherches expérimentales autour de son œuvre. Son livre La Réticence est ainsi au cœur d’un projet conduit par l’Université de Grenoble sur les brouillons de son tapuscrit. Une exposition consacrée à ce roman dont l’écriture fut malaisée, comme il en témoigne dans son essai L’Urgence et la patience, sera présentée en octobre prochain sur le campus grenoblois, avec un film expérimental tourné par trois étudiantes en master de cinéma.

Autre création originale, celle-ci à partir de la tétralogie Marie Madeleine Marguerite de Montalte, le concert littéraire MMMM, conçu et interprété par l’auteur avec le groupe Delano Orchestra, a été présentée en avril dernier au théâtre de l’Odéon à Paris où il a fait salle comble. 

Jean-Philippe Toussaint et ses traducteurs au festival Vo-Vf, le monde en livres

Jean-Philippe Toussaint, toujours accompagné de ses traducteurs (à moins que ce ne soit lui qui les accompagne…), sera en octobre au Festival Vo-Vf, le monde en livres pour une table ronde sur la traduction de ses livres, suivie d’une lecture musicale par l’auteur d’extraits de L’Urgence et la patience. Précieux recueil, dans lequel il expose son processus d’écriture et revient sur les lectures qui l’ont marqué, le livre est selon les mots de Triinu Tamm, sa traductrice en estonien : « Un véritable mode d’emploi de Jean-Philippe Toussaint ».

 Festival Vo-Vf, le monde en livres du 30 septembre au 2 octobre à Gif-sur-Yvette. Table ronde de Jean-Philippe Toussaint avec ses traducteurs le samedi 1er octobre à 16 h, suivie d’une lecture-performance de l’auteur avec Alexandre Rochon du Delano Orchestra. Réservation conseillée à partir de septembre. 

À consulter sur le site de Jean-Philippe Toussaint, sa traduction de Proust en français, les archives de ses séances de travail avec les traducteurs, lettres, brouillons, inédits, etc.

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Sélection d’EURODRAM 2016

Eurodram, réseau européen de traduction théâtrale, a le plaisir de vous communiquer le palmarès 2016 des textes originaux qu’il recommande à la traduction.

 

MEO

Ces textes ont été sélectionnés par les 259 membres des 25 comités linguistiques, parmi les 667 textes originaux reçus en 2015.  Pour information, c’est en allemand, en russe et en français que le réseau a reçu le plus grand nombre de textes. Des informations sur ces textes seront prochainement mis en ligne.

Arabe / Арабский / Arabic

★ منولوجاتسورية (The Syrian Monologs / Les Monologues syriens / Сирийские монологи) # Iman Aoun & Ashtar Theatre Ramallah / Театр Аштар Рамаллаха

★ مسافاتفيالظل (Pathway in the shade / Parcours dans l’ombre / Путь в тени) # Nagah Abdelnour / Нагах Абделнур

★ اسميعزالدين (My name is Ezzedine / Mon nom est Ezzedine / Моё имя – Эззеддин) # Amin Elsaleh / Амин Эльсалех

Белорусский / Biélorussien / Belarussian

Лондан (London / Londres) # Максiм Доська / Maxim Dosko

Опiум (Opium) # Вiталь Каралёу / Vital Korolev

Чырвоная птушка (Red Bird / L’Oiseau rouge) # Павел Расолька / Pavel Rossolko

Bosanski, hrvatski, crnogorski, srpski / Боснийский, Хорватский, Черногорский, Сербский

Kako je dobro videti te opet / Како је добро видети те опет (It’s so good seeing you again / C’est si bien de te revoir) # Olga Dimitrijević / Олга Димитријевић

Kuća s tri ruke / Кућа с три руке (House with three hands / La Maison à trois mains) # Marija Karaklajić / Марија Караклајић

50 udaraca / 50 удараца (50 strikes / 50 coups) # Tamara Baračkov / Тамара Барачков

български / Bulgare / Bulgarian

Апокалипсисът идва в шест вечерта (The Apocalypse comes at 6 pm / L’Apocalypse est prévue pour 18:00 / Апокалипсис приходит в 6 вечера) # Георги Господинов / Georgi Gospodinov

Борхестриптих (Borgestriptych) # Ясен Василев / Yasen Vasilev

Пепеляшки ООД (Cinderellas Ltd. / Cendrillon SARL / Золушки OOO) # Здрава Кaменова и Гергана Димитрова / Zdrava Kamenova & Gergana Dimitrova

Deutsch / Allemand / Немецкий / German

Von einer langen Reise auf einer heute überhaupt nicht mehr weiten Strecke (All about a long journey which nowadays is more of a short trip / Récit du long voyage sur un parcours qui n’est plus long du tout de nos jours / Рассказ о длинном путешествии, оказавшимся маленьким в наши дни) # Henriette Dushe / Анриэтт Дюше

Antarktis (Antarctica / L’Antarctique / Антарктика) # Christina Kettering / Кристина Кэттеринг

Illegale Helfer (Illegal assistance / Secours illégaux / Незаконная помощь) # Maxi Obexer / Макси Обексер

Ελληνικά / Grec / Греческий / Greek

★ ΝΑ ΖΕΙΣ (To live / Vivre) # Δούμος Γιάννης / Yannis Doumos

★ ΣΑΝ ΝΑ ΜΗΝ ΣΥΜΒΑΙΝΕΙ (Like it never happens / Comme si ça n’arrivait jamais) # Κωστοπούλου Ελένη / Eleni Kostopoulou

★ ZYKLON Η ΤΟ ΠΕΠΡΩΜΕΝΟ (Zyklon or Destiny / Zyklon ou le Destin) # Τριαρίδης Θανάσης / Triaridis Thanasis

English / Anglais / Английский

Propaganda Swing (Пропаганда Свинг) # Peter Arnott / Петер Арнотт

I See The Horizon (Je vois l’horizon / Я вижу горизонт) # Sara Clifford / Сара Клиффорд

Chair (La Chaise / Стул) # Yves Baignères / Ив Бэньер

Español / Espagnol / Испанский / Spanish

Que no quede ni un solo adolescente en pie (Let not one adolescent be left standing / Qu’aucun adolescent ne soit épargné) # Emiliano Pastor / Эмилияно Пастор

Verano en diciembre (Summer in December / Eté en décembre / Лето в декабре) # Carolina Africa / Каролина Африка

A Espana no la va a conocer ni la madre que la pario (Not even it’s own mother is going to recognise Spain / L’Espagne ? y’a même pas sa mère qui va la reconnaître ! / [title in Russian ?]) # Lucía Carballal y Víctor Sánchez / Лусия Карбаллал и Виктор Санчез

Français / Французский / French

George Kaplan (Георгий Каплан) # Frédéric Sonntag / Фредерик Соннтаг

Au bois ([title in English] / В лесу) # Claudine Galéa / Клодин Галэа

SaS # Lucie Depauw / Люси Дэпо

עִבְרִית / Hébreu / Иврит / Hebrew

★ מלך ירושלים מאת גלעד עברון (King of Jerusalem / Roi de Jerusalem / король Иерусалима) # Gilad Evron / Гилад Evron

★ אלוהים מחכה בתחנה מאת מיה ערד (God is waiting at the bus station / Dieu attend au terminus / Бог ожидает от автобусной станции) # Maya Arad / Mайя Аpад

★ חמוץ מאת ג׳סון דנינו הולט (Whore / Pute / шлюха) #  Jason Danino Holt /  Джейсон Данино Холт

Italiano / Italien / Итальянский / Italian

Milite ignoto – Quindicidiciotto (Unknown soldier – Fifteeneighteen / Soldat inconnu – Quinze-dix-huit / Неизвестный солдат – 98) # Mario Perrotta / Марио Перротта

Fuorigioco (Offside / Hors-jeu / Офсайд) # Lisa Nur Sultan / Лиза Нур Сультан

La Cena di Vermeer (Vermeer’s dinner / Le Dîner de Vermeer / Ужин Вермера) # Maria Letizia Compatangelo /МарияЛетициаКомпатанджело

Magyar / Hongrois / Hungarian / Bенгерский

★ Szutyok (Muck / Saleté / Грязь) # Béla Pintér / Ъела Пинтер

★ Castel Felice # Kornél Hamvai / Корнел Гамваи

★ Megfulladok (I’m drowning/ Je me noie / Я тону) # Bettina Almássy / Ьеттина Aлмаши

Mакедонски / Macédonien / Macedonian

★ Огнени јазици (Tongues of Fire / Langues de feu) # Горан Стефановски / Goran Stefanovski

★ Кирил и Методиј, Who Are You? (Cyril and Methodius, Who Are You ? / Cyril et Méthode, Who Are You ?) # Јордан Плевнеш / Jordan Plevnes

Polski / Polonais / Польский / Polish

★ Kobro (Кобро) # Małgorzata Sikorska-Miszczuk / Малгожата Сикорская-Мищук

Português / Portugais / Португальский / Portuguese

Ela diz (She says / Elle dit / Она сказала) # Carlos J. Pessoa / Карлос Ж. Пессоа

Veneno (Poison / Яд) # Cláudia Lucas Chéu / Клаудиа Лукас Чэу

Já passaram quantos anos, perguntou ele e outros textos (How many years have gone by, he asked and other texts / Combien d’années ont passé, il a demandé et autres textes / Сколько годах пришли) # Rui Pina Coelho / Руй Пина Коэльо

Română / Roumain / Румынский / Romanian

Anul disparut. 1989. (The Missing Year. 1989 / L’Année disparue. 1989 / Исчезнувший 1989 год) # Peca Stefan / Пеkа Стефан

Русский / Russe / Russian

Забыть и помнить (Forget and remember / Oublier et se souvenir) # Илья Члаки / Ilia Tchlaki

Кабаре Астория (Astoria Cabaret / Le Cabaret Astoria) # Михаил Хейфетс / Mikhail Heifets

Приключения О. в лабиринтах сноведений (Adventures of O. in the labyrinths of dreams / Les aventures de O. dans les labyrinthes des rêves) # Роман Дымчаков / Roman Dymtchakov

Shqip / Albanais / Албанский / Albanian

Gruaja në dritare (A Woman at the window / La Femme à la fenêtre / Женщина у окна) # Arta Arifi / Арта Арифи

Dashuritë e virgjëreshës Madelene (The Virgin Madelen’s Love affairs / Les Amours de la vierge Madeleine / Любви девственной Магдалены) # Ridvan Dibra / Ридван Дибра

Kuzhina e viktimave (The Victims’ Kitchen / La Cuisine des victimes / Кухня жертв) # Ilir Gjocaj / Илир Джоцай

Türkçe / Turc / Турецский / Turkish

★ Aç Köpekler (Hungry Dogs / Chiens affamés) # Mirza Metin

★ Sürpriz (Surprise / La Surprise) # Sami Berat Marçalı

★ Tetikçi (The Hitman / L’Homme de main) # Ebru Celkan

Українська / Ukrainien / Ukrainian

★ Лабіринт (Labyrinthe) # Олександр Вітер / Alexander Viter

★ Кицьканаспогадпротемінь (A pussy in memory of darkness / Une petite chatte à la mémoire de l’obscurité / Котенокнапамятьотьме) # Неда Неждана / Neda Nezhdana

★ Ми, Майдан (We the Maidan / Nous, le Maidan / Мы, Майдан # Надія Симчич / Nadiia Symchych

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2ème Printemps de la traduction avec Santiago Artozqui

Le deuxième Printemps de la traduction débute mercredi 25 mai avec une conférence de Tiphaine Samoyault à la Maison de la poésie, et se prolonge jusqu’au dimanche 29 mai avec des rencontres et des ateliers. Santiago Artozqui, président de l’Association pour la promotion de la traduction littéraire ATLAS, revient sur cet événement ouvert à tous qui vise à favoriser un dialogue entre les traducteurs et les lecteurs.

 

Printemps traduction

Comment s’organisent ces rencontres avec les traducteurs littéraires ?

Santiago Artozqui. Ces rencontres se déroulent du mercredi 25 mai au dimanche 29 mai, dans neuf librairies partenaires à Paris, à Montreuil et Gif-sur-Yvette, et nous espérons bien que ce n’est qu’un début ! En effet, notre but est de promouvoir la traduction auprès de ceux qui ne la connaissent pas, donc de toucher le public le plus large possible. Au cours de ces échanges, les traducteurs vont présenter le travail qu’ils ont fait sur des romans traduits de l’anglais, du portugais, du chinois, de l’espagnol, du russe, de l’italien… et répondre aux questions du public, tant sur le livre que sur leur métier.

En 2015, les traductions représentaient 17,7 % de la production éditoriale. Près d’un roman sur deux passe entre les mains d’un traducteur, mais encore peu de lecteurs ont conscience du fait que ce passage d’une langue à l’autre, d’une culture à l’autre, est aussi un travail de création. Le livre est associé à son auteur, mais rarement à son traducteur. La traduction est pour ainsi dire occultée. Pourtant, une traduction est toujours une lecture, chaque traducteur aura la sienne, comme chaque musicien donnera sa propre interprétation d’une œuvre musicale ou chaque metteur en scène montera une pièce selon sa propre lecture.

Le tournoi de traduction est l’occasion de montrer combien les traductions peuvent varier en fonction de leur traducteur ?

Oui, c’est toujours la même idée que nous défendons : faire comprendre qu’on ne lit jamais « la » traduction d’une œuvre, mais simplement « une » traduction de celle-ci. Cette année, trois traducteurs présenteront leur version de poèmes tirés de Nom d’un chien d’André Alexis. Ce roman raconte l’histoire de 15 chiens à qui est donnée l’intelligence. L’un d’entre eux est poète, et compose des vers où sont cachés homophoniquement les noms de ses camarades canins. Par exemple, « Prince », qui dans la version anglaise est caché dans le vers « Jump, rinse : coat thick with soap », traduit par « Hop ! Rince ce pelage glissant de savon ». Le public est d’ailleurs invité à participer, les textes se trouvent sur le site, pour tous ceux qui veulent exercer leur imagination et partager leurs trouvailles avec la salle.

En quoi consistent les ateliers de traduction également ouverts à tous ?

L’atelier « Traducteur d’un jour » s’adresse à tous ceux qui souhaitent s’essayer à la traduction. Il aura lieu à la bibliothèque Oscar Wilde, dans le 20e, et portera sur une pièce de Tennessee Williams, La Ménagerie de verre. La traductrice qui l’animera, Isabelle Famchon, mettra l’accent sur les particularités de la traduction théâtrale, laquelle doit prendre en compte la mise en scène, les acteurs, etc. (ici la première scène en anglais).

Les ateliers de la journée du samedi à l’Hôtel de Massa sont plus particulièrement destinés aux professionnels, mais restent ouverts à tous. Outre l’anglais et l’allemand, trois ateliers aborderont la traduction de l’ancien et moyen français, le latin et le yiddish. C’est une première. D’ailleurs, je tiens à souligner qu’il n’est pas nécessaire de parler une langue pour s’inscrire à ces ateliers. Les participants reçoivent un mot à mot qui permet de comprendre le sens du texte, et constatent ainsi que c’est là que le véritable travail de traduction commence, quand il s’agit de rendre les subtilités, les références culturelles, le style, le rythme, le ton, la beauté…

La conférence de la journée de samedi, à l’Hôtel de Massa, est assurée par le philosophe Étienne Balibar. En quoi la traduction est-elle selon vous un acte politique ?

Traduire est un acte politique, parce que traduire implique de faire des choix, se positionner. Quand on choisit de traduire « riots » par « troubles », par « émeutes », par « révolte », par « désordres » ou par « insurrection », on ne donne pas la même lecture de l’événement que l’on rapporte. À partir d’un même texte source, on peut donc exprimer des ressentis très variés, et parfois même opposés, ce que tout journaliste sait pertinemment, d’ailleurs. Etienne Balibar intervient le samedi sur le thème « Guerre et traduction : deux concepts de politique », une réflexion sur les enjeux de la traduction… Car, oui, les enjeux de la traduction sont éminemment politiques ! 

Mais, nous reviendrons dimanche à ses aspects festifs et ludiques, avec le grand gala de clôture œno-poétique, accompagné d’un concert, de DJs et de quelques verres de bon vin, puisqu’aura également lieu la remise des prix du concours de traduction organisé par l’Union des traducteurs et non-traducteurs de Villié-Morgon, avec laquelle nous nous sommes associés pour l’occasion.

D’autres manifestations se développent autour de la traduction, comme le festival VO-VF, le monde en livres qui met aussi en lumière le rôle des traducteurs. Est-ce bon signe ?

Oui, les traducteurs sont de plus en plus souvent invités dans les festivals, les gens s’intéressent à leur savoir-faire, à leur connaissance des œuvres, les joutes remportent un véritable succès auprès du public, comme on l’a vu récemment au festival Quai du polar. Et puis, des revues mettent l’accent sur leur travail, par exemple la revue En attendant Nadeau, et d’autres aussi. Tout cela va dans le même sens et nous ravit, car, plus nous serons nombreux, plus les idées que nous souhaitons faire passer auront une chance de se diffuser.

Le programme

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Patrick Maurus, le traducteur géographe

Le rire de 17 personnes

Comment est née la collection Lettres coréennes à Actes Sud ?

Un ami, Raymond Jean, m’avait présenté à Hubert Nyssen en 1987. Je lui avais remis L’oiseau aux ailes d’Or de Yi Munyŏl, ma première traduction. Celui-ci m’avait alors dit : « C’est très bien, mais ce n’est pas un livre que je veux, c’est une collection ! ». À l’époque — Actes Sud n’avait que cinq ans d’âge —, c’était très gonflé de se lancer dans la littérature d’un pays « bizarre ». J’ai eu de la chance d’avoir tout de suite une très bonne presse. Par la suite, tous les critiques littéraires se sont battus pour savoir qui avait découvert la littérature coréenne, donc, on a continué à beaucoup en parler. Et puis, j’ai aussi eu la chance de me fâcher avec Michel Polac qui m’a reproché, après six ou sept ouvrages, d’avoir cessé de publier Yi Munyŏl, lequel était entre temps passé à l’extrême droite. Comme le traducteur est souvent accusé d’être le jumeau de son auteur, je ne voulais plus suivre. Mais, de manière générale, lorsque je publie un auteur, je ne sépare pas l’acte d’écrire et celui de traduire, j’ai le désir de publier l’œuvre entière. C’est comme une histoire d’amour, on ne part pas pour trois jours. J’espère pouvoir y arriver avec l’œuvre extraordinaire de Yi Ch’ˇongjun.

Au cours des cinquante dernières années, vous n’avez cessé de voyager entre les deux Corées et la France. Pouvez-vous revenir sur votre parcours et vos multiples activités ?

Mis bout à bout, j’ai passé 18 ans en Corée, mon plus bref passage a duré quatre heures (pour signer le contrat d’un film documentaire) et mon plus long séjour, cinq ans. J’ai d’abord été collégien à Séoul avec mes parents, puis j’ai fait un détour par la Chine, j’ai ensuite été enseignant à l’université de Séoul, j’ai travaillé pour diverses sociétés privées, été journaliste, puis conseiller culturel à l’ambassade et, à partir de 1995, professeur à l’Inalco, pendant 20 ans. Mais traduire est la seule chose que j’ai toujours faite. Je traduis un poème par jour et suis à présent un professeur heureux, sans copies à corriger. Je continue à donner des cours à Paris et à Pyongyang et à m’occuper de mes ex-étudiants que je vois quatre fois par semaine et qui publient sur mon site revuetangun.com.

En 2011, vous publiez le premier roman en provenance de Corée du Nord, Des Amis de Baek Nam Ryong qui remporte un grand succès de curiosité. Comment l’aviez-vous trouvé ?

Des Amis de Baek Nam Ryong avaient été publiés en Corée du Sud dans le cadre d’un programme de réconciliation. Il y a reçu un prix, mais n’a intéressé personne. Une des seules critiques parues débutait ainsi : « Je ne savais pas que l’on pouvait divorcer en Corée du Nord… » Il y a une grande méconnaissance et un désintérêt marqué au Sud pour le Nord, notamment chez la jeune génération pour laquelle il ne s’agit plus d’un pays divisé, mais de deux pays… Est-ce que la France connaît la littérature belge ? Je me suis servi du livre comme cheval de Troie, en sachant que je marchais sur des œufs. Mes collègues sud-coréens – professeurs, écrivains, traducteurs — m’ont encouragé à poursuivre. C’est une façon d’apporter ma petite part à une réunification qui ne peut advenir que par le biais de l’étranger. Mais, comme je le dis souvent, je ne suis que le ballon dans une partie de foot.

1er roman nord-coréen publié par Actes Sud en 2011

Comment a été accueillie en Corée du Nord la nouvelle de cette parution en France ?

C’était tout à la fois le retour de César triomphant à Rome et le procès de Moscou. Je suis devenu « le » traducteur en français de la littérature nord-coréenne. J’ai été invité et remercié partout, même dans les campagnes. Mais des bureaucrates réactionnaires n’ont pas apprécié qu’un objet d’une aussi grande force symbolique leur échappe. J’ai été convoqué et ai dû répondre pendant huit heures à leurs questions. Il m’était entre autres reproché d’y avoir évoqué l’exécution du ministre de la Culture, l’immense poète Im Hwa. Ils me reprochaient également la couverture, un tableau tronqué, où le grand leader Kim Il song n’apparaissait plus, car l’image était recadrée sur les travailleurs. Mais je n’étais pas directement concerné, il s’agissait d’un rapport de force entre un groupe de bureaucrates et le jeune leader, Kim Jong un qui avait décidé de la publication de ce livre au Sud… En France, il y a toujours des donneurs de leçon qui me disent que je suis utilisé, mais, si c’est pour ouvrir de telles portes, je suis content que l’on m’utilise ! Parler des droits de l’homme assis sur une chaise à Paris, non merci.  

En quoi le livre vous paraissait-il intéressant ?

J’avais rencontré l’auteur Baek Nam Ryong en 2009 à Pyongyang. Il avait été actif dans le mouvement littéraire « du 15 avril », initié par Kim Jong Il, qui prônait « moins d’héroïsme et plus de réalisme ». C’était le type d’auteurs que je cherchais. Le livre est tout à la fois d’une grande qualité littéraire, c’est un auteur qui sera encore lu dans 30 ans, et un roman qui ouvre une fenêtre sur le quotidien en RDPC. À travers l’histoire de cette cantatrice qui veut divorcer de son époux au motif qu’il n’est pas assez cultivé pour la comprendre, le juge chargé de l’affaire se pose des questions sur son propre couple, sur la valeur du mariage, l’éducation, la garde de l’enfant, etc. Sa réflexion nous amène très loin des clichés véhiculés sur le pays.

Vous êtes depuis 2012 professeur invité à l’université de Pyongyang, cela vous facilite-t-il l’accès à des textes ?

Oui, c’est une position prestigieuse, mais rien que le fait de parler la langue vous vaut le respect. Par ailleurs, tout ce que l’on fait en Corée du Nord sert à passer à l’activité suivante. Cela me permet surtout de rencontrer des gens, non pas pour faire des rapports à la CIA, mais pour travailler avec eux et obtenir des manuscrits originaux. J’attends de pouvoir travailler directement avec les éditeurs, pour le moment, je dois passer par l’Association des écrivains.

En quoi consiste l’anthologie des onze nouvelles nord-coréennes, Le Rire de 17 personnes, qui vient de paraître ?

J’ai cherché des auteurs des années 60-70-80, c’est-à-dire ceux de la génération que j’avais déjà traduite au Sud. Je voulais donner une vue plus large de la littérature nord-coréenne, car un seul auteur ne peut représenter toute une littérature. Il s’agit d’écrivains installés, mais pas officiels, ce ne sont pas des cousins du président. La publication de Baek Nam Ryong — et les droits d’auteur qu’il a touchés — a suscité beaucoup d’envie sur place, mais je ne prends que ce qui m’intéresse.

Aujourd’hui, nous voyons naître deux littératures de deux pays, et non plus celles d’un pays divisé, même si elles en conservent les marques. Avec Benoît Berthelier (co-traducteur, avec Kim Kyoung Sik, du Rire de 17 personnes), nous avons notamment recueilli des textes rares sur la famine pour un prochain volume intitulé L’esprit de Kanggye. Enfin, d’ici 2018, j’ai prévu de publier au moins quatre livres qui proviendront de la Corée du Sud, de la Corée du Nord, mais aussi de la communauté coréenne de Chine et de celle du Japon. Tous donneront des éclairages différents.

Les langues des deux Corées diffèrent-elles grandement ?

Les langues ont gardé le même squelette, mais la viande commence à changer. Les différences lexicales sont énormes. Le coréen du Sud est truffé d’américanismes, au Nord, la lourdeur du vocabulaire administratif est notable. Quand un texte du Nord est publié au Sud, c’est d’ailleurs avec un lexique. Le premier dictionnaire Nord et Sud-coréen, que je coordonne, paraîtra aux éditions Ellipses prochainement. Quand je traduis, j’essaie de faire passer ces particularités, donc, si la langue, dans sa traduction, présente des aspérités, c’est normal !

En tant que traducteur, vous êtes plus proche des principes de traduction de Henri Meschonic ou de Antoine Berman, lequel incitait à garder l’étrangeté dans le texte…

Je ne fais pas de la linguistique, mais de la littérature, donc je conserve les onomatopées, les coqs chantent kokili kokili et non-cocorico, j’adapte les proverbes et les métaphores, car en Corée, on n’est pas « fort comme un Turc », je conserve la typographie, par exemple les six points de suspension, car cela coréanise le texte gratuitement, j’essaie parfois de garder la syntaxe, en coréen, cause et conséquence sont placées avant la principale.

Vous attribuez une responsabilité immense aux traducteurs, pouvez vous l’expliquer ?

C’est une responsabilité énorme, car d’une part on fait prendre un risque financier à l’éditeur et d’autre part, on décide à la place de l’auteur de ce qu’il va dire en français. Plus avant, le traducteur est un « géographe », c’est-à-dire qu’il forme, ou déforme, les représentations du lecteur français en proposant ce qu’un pays dit de lui-même, ce que ses prosateurs disent de lui.

Vous émettez dans un article sur votre site revuetangun.com des réserves sur l’authenticité du récit La Dénonciation, présenté comme le premier manuscrit clandestin venu de la Corée du Nord. Pourquoi ?

J’ai des doutes. Prenons la 4e de couverture, on nous dit que le manuscrit a transité, « dissimulée dans des livres de propagande communiste », ceci dans l’unique but de susciter la peur, car on ne peut pas sortir de RDPC avec des livres. L’évasion racontée est improbable, je n’ai jamais vu de barque sur la côte ouest. Le héros est soi-disant désespéré de ne pouvoir entrer au Parti en raison de son origine de classe, mais personne ne se présente au Parti avec une origine de classe négative. Et quel Coréen du Nord peut imaginer un nourrisson effrayé par la vue d’un portrait de Marx à travers une fenêtre !

C’est une fiction…

Alors, qu’elle soit présentée comme telle et arrêtons de lire les autres comme des témoignages sociologiques ! Mais si le livre s’affichait comme un récit fictionnel, il n’aurait aucun lecteur. Il s’agit encore de donner à lire ce que l’on veut entendre de la RPDC.

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