Le sur-titrage au théâtre, de la traduction à la régie titres

Dominique Hollier est intervenue auprès des stagiaires de l’Ecole de Traduction du CNL-Asfored pour parler du sur-titrage théâtral, un métier qui requière des compétences tant techniques qu’artistiques. Le « Guide du sur-titrage » est à présent en ligne sur le site de la Maison Antoine Vitez.

D.Hollier

Dominique Hollier, comédienne, traductrice et sur-titreuse

« Le sur-titrage est au carrefour de la technique, de l’artistique, de la traduction et du spectacle vivant » introduit Dominique Hollier, comédienne et traductrice de pièces de théâtre britanniques et américaines. S’il est courant de dire au théâtre que le traducteur de la pièce est le premier metteur en scène, en matière de sur-titrage, la mise en scène existe déjà. Les sur-titres doivent y trouver leur place, sans perturber la vue du spectacle. Au sur-titreur, donc, d’accompagner au mieux la dramaturgie, le rythme, le jeu des acteurs, leur débit, leur mouvement et surtout de rester d’une vigilance extrême en cas de modification du déroulé du spectacle en cours de représentation…

« Tous les spectacles ne sont pas calés à la seconde près comme ceux de Bob Wilson », observe Dominique Hollier, qui a notamment sur-titré Zinnias, the Life of Clementine Hunter, et personne n’est à l’abri d’un trou de mémoire ou d’une interversion des répliques. « On traduit du spectacle vivant, pas un texte écrit, et on surtitre en direct au fur et à mesure que les acteurs parlent », précise-t-elle. Si certains pensaient confier cette tâche à une machine, ce n’est pas encore d’actualité…

Traduction, découpage et topage

Le travail de sur-titrage se déroule en trois étapes principales : « Traduction », « rédaction et découpage », « régie ou topage ». Pour sa part, Dominique Hollier procède à un premier découpage du texte source, soit une segmentation du texte sous forme de « titres » qui apparaîtront de façon fugitive au moment où l’acteur prononcera sa réplique. Par analogie avec le cinéma, ces segments sont appelés aussi appelés « cartons ». Le sur-titreur s’appuie sur le texte de la pièce et une captation du spectacle, si elle existe. Jadis, lorsque la vidéo était moins développée, le traducteur en charge du sur-titrage se déplaçait dans le pays de création du spectacle pour le voir dans sa version originale.

Le découpage du texte source

« Ce premier découpage du texte source me donne une idée de la façon dont je vais traduire », explique Dominique Hollier qui rédige une première traduction, puis revient ensuite cent fois sur le métier pour peaufiner cette version initiale et surtout élaguer… Le texte est ainsi coupé et redécoupé afin de pouvoir respecter le format standard de deux lignes de 47 signes espaces compris, mais « tous les formats et tous les supports sont envisageables et cela peut varier beaucoup selon la nature du texte, du spectacle, et le souhait du metteur en scène », le but étant de rester le plus lisible possible. Il est ainsi recommandé de suivre la syntaxe et de ne pas inverser les segments de phrases pour aider la lecture du spectateur. Si un mot est similaire dans la langue source (par exemple « international » en anglais et en français »), il est judicieux de se caler dessus et que le carton apparaisse au moment où le mot est prononcé, ce qui a pour effet de rassurer le spectateur.

Un formatage contraignant

Ces fortes contraintes de formatage impliquent une concision extrême. Le recours à des astuces est fréquent et souvent indispensable : synonyme plus court, usage limité des « m » plus longs que les « i », etc. La mise en page du carton est également soignée pour être la plus agréable à l’œil et faciliter au mieux la lecture. Elle doit être esthétique et efficace. Celle-ci détermine en partie l’emplacement des césures. En matière de ponctuation, Dominique Hollier recommande de se limiter à l’indispensable, les virgules en fin de carton n’étant pas nécessaires pour la lecture, pas plus que les tirets avant chaque réplique, à moins que le locuteur ne change sur le même carton…

Les outils de sur-titrage

Une fois achevés le découpage et la traduction, le sur-titreur « entre » ses cartons dans un logiciel de sur-titrage, celui qu’elle utilise est « Torticoli », mais beaucoup d’établissements travaillent avec « Powerpoint », pourtant pas très adapté à cet usage, selon D. Hollier. L’outil informatique lui permet d’envoyer les sur-titres au moment propice ou d’introduire un noir, si nécessaire, pour que le carton ne reste pas affiché inutilement, ce qui déstabilise le spectateur. « L’avantage de Torticoli par rapport à d’autres logiciels est aussi de pouvoir faire défiler à l’aveugle, si l’acteur a un trou », commente d’expérience Dominique Hollier. Le sur-titreur s’assure, en s’entraînant avec la vidéo, que son découpage fonctionne, le reprend éventuellement à la marge, avant de le tester en direct. « Etre comédienne moi-même me permet d’avoir le sens du plateau, de l’énergie du jeu et d’être en phase avec le rythme du spectacle. On est un partenaire des acteurs », explique-t-elle.

L’envoi des titres ou topage

Le topage, c’est à dire l’envoi des titres en direct pendant la représentation, demande une concentration extrême, car non seulement le spectacle peut bouger, mais il convient d’être exactement « raccord » avec les acteurs : si l’on anticipe trop, on peut lui faire manquer un effet comique, par exemple, si on tarde, le spectateur est perdu… Les quelque 2 000 pressions par représentation (leur nombre varie bien entendu d’une pièce à une autre) pour envoyer les titres sont autant de moments de vigilance. « Je ne comprends pas que le régisseur titres se soit pas considéré de la même façon que le régisseur son ou lumière », déplore Dominique Hollier avant d’enchaîner sur la question de la rémunération.

Un stage de formation au sur-titrage à Seneffe

Le tarif recommandé, indiqué dans le Guide du sur-titrage, est une majoration de 30 % par feuillet de traduction pour le découpage et un cachet de 150 euros par représentation pour le topage, mais « la réalité sur le terrain est assez différente », reconnaît l’intervenante qui signale aussi un droit de suite, si la traduction et le découpage sont repris dans un autre lieu. Pourtant, la multiplication des spectacles internationaux et leur circulation partout dans le monde nécessitent une professionnalisation du métier. Peu de formations existent pour le moment, si ce n’est au Collège européen des traducteurs littéraires de Seneffe (Belgique) où a lieu chaque année en avril un stage de sur-titrage animé par Michel Bataillon et Pierre-Yves Diez (rédacteurs avec Laurent Muhleisen du guide).

De nombreuses techniques ont été utilisées pour intégrer au mieux le « titrage » d’un spectacle (défilement, bandeaux latéraux, double sur-titrage bilingue, panneaux graphiques, etc. ) et certaines sont encore à l’essai, comme les lunettes connectées qui font défiler le texte sur le verre… Enfin, le sur-titrage, conçu pour les sourds et les malentendants, avec l’indication du nom du personnage ou utilisation de codes couleurs, reste encore largement absent des salles de spectacle, limitant l’accès aux textes par la communauté sourde.

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