Les quatre traductions récompensées au concours Morgon Lapierre

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Annonce des prix par Arthur Lochmann le lundi 31 août à la Pointe du groin

 

Le texte de Brecht et à sa suite les quatre traductions primées.

 

BALLADE VON DEN ABENTEURERN de Bertolt Brecht

Von Sonne krank und ganz von Regen zerfressen
Geraubten Lorbeer im zerrauften Haar
Hat er seine ganze Jugend, nur nicht ihre Träume vergessen
Lange das Dach, nie den Himmel, der drüber war.

O ihr, die ihr aus Himmel und Hölle vertrieben
Ihr Mörder, denen viel Leides geschah
Warum seid ihr nicht im Schoß eurer Mütter geblieben
Wo es stille war und man schlief und man war da?

Er aber sucht noch in absinthenen Meeren
Wenn ihn schon seine Mutter vergißt
Grinsend und fluchend und zuweilen nicht ohne Zähren
Immer das Land, wo es besser zu leben ist.

Schlendernd durch Höllen und gepeitscht durch Paradiese
Still und grinsend vergehenden Gesichts
Träumt er gelegentlich von einer kleinen Wiese
Mit blauem Himmel drüber und sonst nichts.

(reproduit avec l’aimable autorisation de Barbara Brecht-Schall)

 

La Ballade des Aventuriers

 

Écœuré de soleil et tout rongé d’averses
Le front hirsute ceint de laurier arraché
Il ne retient rien de sa jeunesse, sauf les rêves qu’elle lui laisse
L’abri aussi est oublié, jamais le ciel qui l’embrassait.

Ô vous qu’on a chassés du Ciel et de l’Enfer
Vous les assassins qui en avez vu de Vertes
Pourquoi vous n’êtes pas restés dans le sein de vos mères ?
On dormait, on avait la paix, il suffisait d’y être.

Mais tandis que sa mère l’a déjà oublié
Lui, il regarde encor au fond des mers d’absinthe
Ricanant, pestant, poussant parfois même d’amères complaintes
Toujours en quête du pays où le malheur est mieux payé.

Paisible, ricanant, les traits déliquescents
Traversant en flâneur les vallées infernales,
traîné à coups de fouet dans tous les paradis
Il rêve à l’occasion d’un petit pré fleuri
Et sinon rien, hormis un ciel bleu l’embrassant.

 

Alexandre Pateau

 

Prix de la musicalité (2 textes ex-æquo)

 

Ballade des aventuriers

 

Harassé de soleil et que la pluie dévore
Quelque laurier volé sur sa tignasse drue
Il n’est jeune plus qu’en rêve et jusqu’hier encore
Pour avoir tout le ciel, il dormait dans la rue.

 

Ô vous, rôdeurs maudits du ciel et de la terre
Vous, meurtriers, aux vies de peine et de souffrance
Que n’êtes-vous restés dans le sein de vos mères
À boire le sommeil et téter le silence ?

 

Quant à lui, dont la mère a renié l’étreinte
Il jure et il grimace et tantôt verse en pleurs
Et cherche encor, de mer en océan d’absinthe
Sans trêve ce pays où les jours sont meilleurs.

 

Familier des enfers, que les anges torturent
La face grimaçante et le visage creux
Il rêve çà et là d’un carré de verdure
Et même, si Dieu veut, d’un morceau de ciel bleu.

 

Julien Lapeyre

 

Ballade des aventuriers

 

Malade de soleil, dévoré par la pluie,
Le cheveu hérissé de laurier rapiné
Il a tout oublié de ses jeunes années
Fors les rêves, et le ciel, qui jamais ne s’enfuit.

 

Ô vous, parias du ciel, réprouvés de l’enfer,
Meurtriers qui avez connu tant de souffrance,
Pourquoi avoir quitté le giron de vos mères
Où l’on pouvait dormir, être là, en silence ?

 

Lui, pourtant, cherche encore, au fond des mers d’absinthe,
Quand bien même il y noie l’image de sa mère,
Raille, jure, et parfois s’abandonne à la plainte,
Lui cherche le pays d’une vie moins amère.

 

Baladé en enfers, chassé des paradis,
Un rictus silencieux sur son visage défait,
Il rêve par moment d’une simple prairie
Avec le bleu du ciel au-dessus pour seul dais.

 

Jörn Cambreleng

 

 

Prix de l’audace

 

Le slam du migrant.

 

Assoiffé au soleil, naufragé sur la grève,
Vainqueur brisé, étranger perdu,
Il a lourdé sa jeunesse, seul est vivant son rêve,
A oublié le bled, jamais le ciel au dessus.

 

Hey les gars, vous les expulsés du ciel et de l’enfer
Vous les Harraga qu’avez putain de trimé.
Pourquoi ne pas rester sur les genoux de vos mères ?
On dormait bien là-bas, tranquilles, calés

 

Mais il galère encore, défoncé, sur l’océan qui râle,
Alors que sa vieille l’a déjà zappé,
Riant et jurant et parfois même il chiale,
Toujours vers un Schengen où il pourra crécher

 

Zonant dans la Jungle, matraqué au paradis,
Il rêve le soir d’un petit coin de gazon,
Bouge pas, ferme sa gueule, derrière ses yeux rougis,
Où personne d’autre ne le verrait que Sion.

 

Vincent Lochmann & Léo Lochmann

(Reproduits avec l’aimable autorisation de l’Arche Éditeur)

Retrouvez l’article sur la soirée de remise du prix au bar le Coin du groin le 31 août sur ActuaLitté.com et le site du concours.

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