Daniel Arsand, éditeur au service de la littérature étrangère

Accueilli dans le cadre du Printemps de la traduction, Daniel Arsand a livré à Benoit Virot qui l’interrogeait quelques souvenirs d’une vie dédiée aux rencontres « quasi charnelles » avec les livres.

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Daniel Arsand et Benoit Virot au Printemps de la traduction 2015

Autodidacte, Daniel Arsand débute sa carrière dans les années 70 comme libraire, puis il exerce divers métiers dans le monde du livre –conseiller littéraire, attaché presse à la Manufacture, puis aux éditons du Rocher- avant de devenir en 2000, responsable des littératures anglo-saxonne et espagnole chez Phébus.

Apprendre l’anglais pour lire Virginia Woolf dans le texte

« A 35 ans, j’ai eu envie de lire Virginia Woolf dans le texte, par respect pour l’auteure », raconte-t-il au cours de cet entretien avec Benoît Virot des éditions Le nouvel Attila. Pendant un an, il « vit l’enfer », mais ne renonce pas, et « un jour à Brighton, j’ai acheté une biographie de Vanessa Bell, la sœur de Virginia, et ce fut le plus beau jour de ma vie, quelque chose s’était ouvert, quelque chose était offert», se rappelle-t-il. Il apprend ensuite l’espagnol, pour lire Lorca, puis l’italien, pour lire Pavese.

« Lorsque j’ai été envoyé pour la première fois à la foire de Londres, je lisais l’anglais mais ne le comprenais pas encore. Les gens ont dû penser que l’édition française était en pleine décadence », s’amuse-t-il. Mary Kling de La nouvelle agence lui met le pied à l’étrier, un agent littéraire qui, apprécie Daniel Arsand, « pouvait choisir de confier un livre à un petit éditeur plutôt qu’à une grande maison si elle jugeait qu’il serait plus à même de le défendre ». C’est à elle qu’il achètera les droits de Mauvaise pente de Keith Ridgway, un livre qui datait de deux ans et avait été refusé par 17 éditeurs, mais qui remportera en France le prix Femina en 2001.

On vous garde des merveilles

« On se crée une famille spirituelle, on vous garde ensuite des merveilles », livre l’éditeur qui salue les milliers de livres qui lui ont été amenés par les traducteurs et qui pour la plupart « ne l’ont pas déçu ». Devenu responsable de toutes les littératures étrangères chez Phébus, il publie Karel Schoeman, « une des plus belles rencontres de ma vie. Jamais un écrivain n’a été aussi profondément dans les arcanes de l’être humain depuis Dostoïevski ». Il raconte envoyer toujours à l’heure actuelle des livres à l’auteur sud-africain, car ceux-ci sont « trop chers là-bas » et l’imagine bien recevoir le Prix Nobel dans les années à venir.

La liste est longue de ceux qu’il a fait découvrir ou redécouvrir, de William Trevor à Joseph O’Connor en passant par Klaus Man, dont il se dit fier d’avoir fait paraître les textes contre le fascisme. « Publier peut être un geste politique, un combat de l’esprit contre la barbarie », témoigne-t-il. « Ce peut aussi être un geste amoureux ? », interroge Benoît Virot. « Je n’ai publié que des auteurs aimés », reconnaît celui qui dans l’un de ses romans Ivresses du fils , car il est aussi auteur, livrait « son incapacité à éprouver le sentiment amoureux ».

Daniel Arsand assure n’avoir jamais perdu l’émerveillement, « même après une cinquantaine de livres tièdes, il suffit d’un paragraphe et la machine repart », ni le plaisir de cette rencontre qu’il dit quasi charnelle avec les livres. « On entend une voix, un rythme, la respiration du livre, c’est physique ! La souffrance, la joie, on les éprouve physiquement. Ce pas intellectuel. C’est un rapport organique, presque animal ».

Un combat léonin pour les livres

Ces livres aimés, précieusement chéris, on le sent prêt à les défendre bec et ongles ou plutôt toutes griffes dehors, puisque son nom, d’origine arméno-turque signifierait « la famille du lion ». En effet, « combattre pour un livre, c’est encore plus fort que de l’avoir publié », s’enthousiasme-t-il. Seul conseil donné aux jeunes éditeurs : « n’avoir aucun préjugé, être toujours disponible, ouvert à toutes les cultures« .

Ainsi, « la France est le seul pays qui traduisent autant de livres de tous les pays. Etre éditeur d’une manière contemporaine implique de ne pas s’arrêter aux pays anglo-saxons. La grande littérature parle de choses qui nous touche tous, d’où qu’elle vienne  », selon Daniel Arsand qui illustre son propos en rappelant que 10 000 exemplaires de l’écrivain slovène Drago Jančar ont été écoulés, « tout est possible».

 

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