Traducteurs d’un jour au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse

Grande fête de la littérature jeunesse, le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse donne aussi l’occasion de rencontrer des auteurs étrangers et de sensibiliser les jeunes lecteurs au travail des traducteurs sans lesquels même Harry Potter n’aurait pu franchir nos frontières. Deux joutes de traduction et un atelier « traducteur d’un jour » permettaient de s’initier au plaisir de la langue et de l’écriture avec des traducteurs professionnels.

Julie Sibony et Mona de Pracontal, traductrices littéraires, avec des élèves « traducteurs d’un jour » du collège François-Mtterrand de Noisy-le-Grand 

L’atelier commence par une devinette. Qui a écrit : « Mr et Mrs Dursley, qui habitaient au 4, Privet Drive avait toujours affirmé… » ? Dès les premiers mots, les mains se lèvent et le nom fuse : « JK Rowling ! ». Mona de Pracontal et Julie Sibony, traductrices littéraires, secouent la tête, désolées de décevoir la classe du collège François-Mitterrand de Noisy-le-Grand qui participe à cet atelier « Traducteur d’un jour » proposé par l’ATLAS, Association pour la promotion de la traduction littéraire. « Non, ce n’est pas la bonne réponse », reprend la traductrice, car J.K. Rowling a écrit : « Mr. and Mrs. Dursley of number four, Privet Drive, were proud to say… ». La suite sur ActuaLitté.com

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34e édition des Assises de la traduction littéraire d’Arles

Forte affluence à la 34e édition des Assises de la traduction littéraire d’Arles qui se sont closes dimanche 12 novembre 2017. Les ateliers de traduction ont fait le plein, notamment en raison des partenariats noués avec les universités qui drainent un nouveau public d’étudiants… La suite sur ActuaLitté.com !

« Des voix dans le choeur », film documentaire réalisé par Henry Colomer

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5ème édition de VoVf, le monde en livres – J-15 !

Cher-e-s ami-e-s de Tradzibao,

ne pouvant être sur tous les fronts, mais luttant toujours pour faire entendre la belle parole des traducteurs littéraires, j’ai vous ai abandonnés le temps d’un petit détour à Gif-sur-Yvette. C’est là que cela se passe ! Du 29 septembre au 1er octobre, 5ème édition de VoVf, le monde en livres avec une centaine de traducteurs littéraires, de Artozqui Santiago à Zenatti Valérie (petit effet facile, il suffit de regarder la liste des invités).

Dans 15 jours, les festivités commencent à Gif-sur-Yvette avec Alain Mabanckou, parrain du festival qui a invité Dominic Thomas, traducteur de Aimé Césaire, Sony Labou Tansi, Abdourahman Waberi, et Emmanuel Dongala, mais aussi directeur du Département d’Études françaises et francophones à l’Université de Californie à Los Angeles, à venir inaugurer cette 5ème édition, vendredi 29 septembre à 18h30.

Il est de tradition (vieille tradition d’au moins trois ans d’âge…) que le parrain du festival choisisse le film projeté et Alain Mabanckou propose de découvrir la série Quartiers lointains, réalisée par de jeunes cinéastes africains sur le thème « Justice ! » et présentée à Paris, au MK2 Beaubourg le mardi 26 septembre, puis à Gif-sur-Yvette.

Les deux journées du week-end seront bien remplies avec une quarantaine de tables rondes thématiques (« Traduire le corps », « les histoires de Nasr Eddin Hodja », « les mots manquants », « traduire les langues imaginaires », « le reportage littéraire polonais ») ou par langues (Les voix de la Syrie, la littérature tamoule, autrichienne, chinoise, suisse…), des ateliers de découverte des langues (bambara, japonais et LSF), une joute de traduction organisée par l’Atlf, des lectures, des performances multilingues de l’association « Lectures pour Suite », des concerts et beaucoup d’échanges d’idées et de découvertes sur les pelouses du parc, aux terrasses des cafés ou à la libraire Babel du festival.

Attention, il y a quatre tables rondes par tranche horaire de 10h30 à 17h30 et donc l’embarras du choix… Deux solutions, le tirage au sort sur place ou une étude approfondie du programme et la réservation en ligne, qui n’est pas obligatoire, mais très recommandée, car certaines tables rondes sont déjà bien pleines, on vous aura prévenu.

Tout le festival est gratuit et libre d’accès, sauf la projection, le concert et le repas à prix mini, mais tout soutien sonnant et floufloutant est le bienvenu, en versant quelques deniers sur Helloasso ou directement dans la caisse en carton placée à l’accueil du festival.

Rappelons que les bénéfices de la vente des livres à la librairie Babel du festival sont entièrement reversés à l’association Vo-Vf pour l’organisation de la manifestation.

Toutes les infos sur le site, fruit d’un long labeur estival, collectif et enthousiaste.

VOVF 2017

Une citation pour finir, d’Alberto Manguel, qui aurait été fort a propos l’an passé où le festival recevait Maylis de Kerangal et sa traductrice canadienne de « Réparer les vivants », Jessica Moore…

 

 

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Traduire pour les tout-petits et les ados

12 % de la littérature jeunesse (hors BD) éditée en 2015 sont des traductions, principalement de l’anglais*. Les traductrices Rose-Marie Vassallo et Alice Marchand interviendront lundi 5 décembre au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse pour évoquer la condition du traducteur de littérature jeunesse et battre en brèche l’idée farfelue que « traduire pour les petits est un jeu d’enfant ».

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Rock Addict de C.J. Skuse, traduit par Alice Marchand, couverture illustrée par Anne Simon (Gallimard Jeunesse, 2012, coll. Scripto)

« L’album ne nourrit pas son homme », premier constat sans appel de Rose-Marie Vassallo qui affiche près de 400 traductions à son CV, dont un bon nombre de livres pour les tout-petits, la copieuse saga des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (13 volumes), mais aussi des essais et des romans de littérature générale. Pour cette traductrice chevronnée, intervenante à l’École de Traduction Littéraire du CNL-Asfored et animatrice d’ateliers de traduction dans diverses formations professionnelles, la brièveté du texte ne rend en rien la traduction des livres pour enfants plus aisée que les traductions au long cours. Pourtant « l’enfantine » est souvent moins bien rémunérée au prétexte que les textes sont brefs et le vocabulaire basique, oui, mais les difficultés, innombrables, sont ailleurs, comme l’exposeront les deux traductrices durant cette table ronde.

« Plus cela a l’air facile, plus la tâche du traducteur est ardue », indique Rose-Marie Vassallo, aussi, difficile de vivre de la traduction des albums pour enfants qui demande « beaucoup de temps pour peu d’argent, comme la poésie ». Les difficultés sont du reste similaires, car faire simple est toujours très compliqué. Les mots les plus usuels ne recouvrent pas les mêmes champs sémantiques d’une langue à l’autre, les sens superposés sont multiples et le respect du rythme et de la musique demeure primordial, tant en poésie que dans les comptines.

« Plus un texte est bref, plus il est fragile en traduction »

La brièveté du texte, loin d’être un avantage, implique que chaque phrase soit ciselée et l’ensemble enlevé. « En fait, plus un texte est bref et plus il est fragile en traduction », poursuit Rose-Marie Vassallo qui dresse une liste des nombreux pièges posés aux traducteurs (les noms de personnages, de lieux, les jeux de mots, les dialectes, les sociolectes, les registres de langues, les référents culturels, le rapport texte-image, la contrainte d’espace, etc.) avant de dresser la liste, tout aussi longue, des avantages à traduire la littérature jeunesse. Du plaisir des trouvailles au partage d’un texte plus facile à donner à lire qu’un pavé de 600 pages.

Même plaisir revendiqué pour Alice Marchand, qui a traduit des ouvrages très différents de la BD à la poésie au roman pour adolescent et qui, après 20 ans de cette « gymnastique ardue », explique se trouver à chaque nouvelle traduction devant « un territoire vierge » et face à « des difficultés nouvelles ». Pas de routine au fil du temps, donc, mais l’acquisition d’un savoir-faire qui permet de repérer les difficultés qui sont autant de défis pour le traducteur.

Elle cite parmi les casse-têtes récurrents, en plus de ceux déjà relevés par sa consœur, celui de l’argot fréquemment utilisé dans les romans pour adolescents. « Même si j’interviewe régulièrement les ados sur leur langage à eux, j’emploie volontairement un argot légèrement désuet » explique-t-elle, ce qui est sans doute la meilleure façon de ne pas voir vieillir la traduction trop rapidement.

La Confrérie des infortunés traducteurs de Lemony Snicket

Autre satisfaction, l’extrême attention avec laquelle les livres sont lus par les jeunes lecteurs, auxquels aucun détail n’échappe. « Quand un enfant lit un livre, il lit tout, y compris le nom du traducteur », note Rose-Marie Vassallo qui fut extrêmement sollicitée par les fans de la saga des Orphelins Baudelaire, répondit à leurs nombreux courriers puis mails, et est encore en contact avec certains d’entre eux à présent âgés de 30-35 ans.

Alice Marchand © Isis Burke

Cette saga traduite dans 41 langues constitue le parfait exemple de toutes les difficultés que peut poser un texte fantaisiste, truffé de jeux de mots, de citations et de références (une page wiki est consacrée à leur recensement) et dont le traducteur ne peut prévoir l’évolution de l’histoire dans les tomes à venir. Pour faire face au défi de traduction, s’est ainsi créée la Confrérie des infortunés traducteurs de Lemony Snicket, un forum qui permettait aux traducteurs d’échanger entre eux et à ceux qui avaient un tome d’avance de prévenir leurs collègues des pièges à éviter. Celui des trois initiales mystérieuses, par exemple…

Cette histoire et tant d’autres histoires de traduction à découvrir lundi 5 décembre à 10h30 avec les deux traductrices.

Joute de traduction, à partir de 13 ans, au SLPJ

Un autre rendez-vous mettra en lumière toute la difficulté et le plaisir de traduire pour les enfants, la joute de traduction qui opposera Paola Appelius à Marie Hermet, sous l’arbitrage de Laurence Kiefé et Valérie Le Plouhinec de l’ATLF autour d’un texte inédit de Will Mabbit, vendredi 2 décembre à 13h à l’atelier Transbook. Les paris sont ouverts !

* Source statistiques SNE 2015-2016

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La valise africaine de Sylvain Prudhomme

L’écrivain Sylvain Prudhomme a porté sa « valise africaine » jusqu’aux Assises de la traduction littéraire à Arles qui consacraient leur 33e édition aux « contre-écritures » : celles postcoloniales poussées sur les cendres des empires, mais aussi toutes celles qui croissent librement aux marges des langues dominantes (ou de domination). Nous partageons à notre tour sa bibliothèque africaine, une quinzaine de livres sélectionnés « subjectivement » par cet écrivain voyageur, également traducteur de l’essai « Décoloniser l’esprit » du kényan Ngugi wa Thiong’o.

Sylvain Prudhomme et sa valise africaine aux Assises de la traduction littéraire 2016

Tout juste sorties de la « valise africaine », quatre piles de livres inégales. Sylvain Prudhomme explique en ouverture de cet atelier proposé dans le cadre des Assises de la traduction littéraire à Arles sa tentative, « vouée à l’échec », de classer ces livres venus du continent africain, « celui que je connais le moins mal » dit-il, et qui incarnent selon lui différentes formes de contre-écritures. Absente de sa sélection, la plus radicale d’entre elles, celle qui décide de se passer de la langue du colon, comme le fit l’auteur kényan Ngugi wa Thiong’o. Suite aux représentations d’une de ses pièces dans sa langue natale, le kikuyu, l’auteur anglophone est emprisonné en 1978 pendant un an. Dans sa cellule, il écrit son premier roman en kikuyu (les précédents étaient en anglais), car « je me devais d’écrire dans la langue qui m’avait valu d’être incarcéré ».

En 1986, le personnage de son second livre écrit en kikuyu, Matigari (non traduit en français), ancien guérillero mau mau rendu populaire grâce aux lectures publiques du texte, est recherché par la police kényane convaincue qu’il s’agit d’une personne réelle. Le livre est interdit et son auteur contraint de trouver refuge en Grande-Bretagne. À son retour au Kénya en 2004, après 22 ans d’exil, il est de nouveau victime d’une tentative d’assassinat. Ngugi wa Thiong’o, pressenti pour le prix Nobel de littérature, demeure désormais aux États-Unis où il dirige l’International Center for Writing & Translation à l’université d’Irvine en Californie. Dans son essai « Décoloniser l’esprit » paru en 1986 (Ed. La Fabrique, 2011. Traduit par Sylvain Prudhomme), il explique son choix de « dire adieu à l’anglais », mais aussi son espoir de « pouvoir continuer à dialoguer avec tous par le bon vieil intermédiaire des traductions ».

Pièce de théâtre de Ngugi wa Thiongo « Je me marierai quand je voudrai » en kikuyu

Le retour à la langue natale, le wolof, de Boubacar Boris Diop

 Côté francophone, ce retour à la langue natale est aussi celui opéré par l’auteur Boubacar Boris Diop qui, sans renoncer au français, a écrit un roman en wolof (Doomi Golo, Ed. Papyrus), lancé une collection de livres traduits en wolof Céytu (Ed. Zulma) et enseigne la littérature romanesque en wolof à l’université de Saint Louis (Sénégal).

Sylvain Prudhomme, une main sur ses piles, l’autre accompagnant sa parole, prévient avoir laissé de côté les grands classiques de la première génération d’auteurs après les Indépendances, qui abordaient pour beaucoup la question de «  grandir colonisé ». Il cite Cheikh Hamidou Kane, Mongo Béti, Ferdinand Oyono, Chinua Achebe, Gabriel Okara, Samuel Ousmane, entre autres, inscrivant leurs noms sur le tableau de l’amphithéâtre du Collège des traducteurs.

Dans la première pile, commente-t-il, les livres « sapeurs », ceux où « les auteurs s’emparent de la langue française et la font flamboyer dans un grand geste de fierté, comme les sapeurs empruntent les codes vestimentaires pour mieux éblouir par leur élégance ». Dans la seconde, des ouvrages « plus classiques, plusréalistes aussi » qui opèrent un recentrement et s’intéressent à des « problèmes pas forcément liés à l’Occident ». Dans la troisième, des récits qui « prennent acte que l’Afrique s’est mondialisée » et qu’une partie de la diaspora africaine vit en Amérique, en Asie, en Europe ou en Océanie. La quatrième pile s’ouvre aux littératures africaines anglophones et lusophones, ces dernières revendiquant, selon lui, « un lien plus fort avec l’imaginaire » et décrivant « un monde où la raison rend les armes devant la magie ».

Les « hanches délivrantes » et le « cousinage de plaisanterie »

Piochant dans chaque pile selon son inspiration, il lit un extrait de La Vie et demiede Sony Labou Tansi (qu’il cite en exergue de son livre Les Grands, en cours de traduction en anglais par la traductrice et musicienne Jessica Moore), s’arrête sur la force d’évocation des images de l’auteur congolais, celle des « hanches délivrantes » ou des « cuisantes crues d’électricité charnelle ». Le public est invité à donner lecture des extraits suivants, Peuls du Guinéen Tierno Monénembo qui retrace l’histoire des Peuls depuis le XVème siècle, « la période coloniale n’étant qu’un petit épisode de cette longue épopée ».

Sylvain Prudhomme éclaire au passage la tradition du « cousinage de plaisanterie », puis propose de se pencher sur Le Ventre de l’Atlantique de Fatou Diome qui jette un pont entre un frère et une sœur, l’un au Sénégal, l’autre en France via un match de foot de l’Euro 2000. Il ouvre ensuite La Théorie générale de l’oubli de l’écrivain angolais José Eduardo Agualusa (traduit par Geneviève Leibrich), soulignant la puissance de cette fable, puis il en donne à lire un extrait tiré de l’histoire Le collectionneur de disparitions qui voit un écrivain français s’évaporer par magie dans la capitale angolaise Luanda. Seul son chapeau sera retrouvé sur la tête d’une prostituée qui constate simplement : « Le mulâtre s’est perdu, le chapeau m’a trouvée ».

L’épopée des Peuls racontée par Tierno Monénembo

Du Soleil des indépendances au Tropique de la violence

Durant cette rapide traversée de la « littérature africaine postcoloniale d’auteurs d’expression européenne », détour obligé par Le Soleil des indépendances de l’Ivoirien Ahmadou Kourouma qui « utilise les mots à côté de leur usage dominant », faisant entendre les sonorités du malinké. Fama se rend aux funérailles de Ibrahima qui « n’a pas soutenu un petit rhume ». Puis, d’un bond le public se retrouve dans le bus « sans climatisé » d’une nouvelle tirée de Love is power ou quelque chose comme ça du Nigérian A. Igoni Barrett (traduit par Sika Fakambi), dont la lecture provoque le rire dans l’assistance, tant sont décrits avec justesse les bus BRT « importés totalement nouveau de l’étranger directement » coincés dans les « goslows » (embouteillages).

Seront encore évoqués Debout payé du franco-ivoirien Gauz, qui « déteste être classé au rayon littérature africaine », précise Sylvain Prudhomme, puis L’Accordeur de silences du Mozambicain Mia Couto (traduit par Elisabeth Monteiro Rodrigues), le très sombre roman de la Mauricienne Ananda Devi, Le Sari vert,  l’indispensable Americanah de la nigériane Chimamanda Ngozi Adichie (traduit par Anne Damour), dans lequel l’héroïne Ifemelu raconte son expérience d’étudiante nigériane, puis sa vie d’immigrée africaine aux USA. Pour finir – faute de temps supplémentaire- il recommande la lecture du tout récent Tropique de la violence de Natacha Appanah où l’écrivaine mauricienne livre un portrait de Mayotte.

Ifemelu quitte le Nigéria pour étudier à Philadephie…

Si l’exercice de la « valise africaine », inspiré de la « Valise mexicaine » présentée aux rencontres photographiques, était une première pour Sylvain Prudhomme, l’écrivain est déjà intervenu par deux fois au Collège International des Traducteurs d’Arles pour présenter aux résidents des livres d’auteurs contemporains et leur donner le goût et l’envie de les traduire. Le CITL accueille chaque année une centaine de traducteurs de tous les pays pour des résidences de deux semaines à deux mois, avec le soutien du CNL. Depuis 1987, 1400 traducteurs y ont traduit 2300 ouvrages. Le collège organise par ailleurs régulièrement des formations en binôme, sous le nom de « Fabrique des traducteurs ».

Le truchement de Tierno Bokar, maître de Hampaté Bâ

Cet atelier faisait écho aux réflexions débutées la veille lors de l’inauguration des Assises avec une conférence du professeur de philosophie, Souleymane Bachir Diagne sur « traduire l’orature (les littératures orales. Ndr) en écriture », durant laquelle il revint sur l’histoire de Tierno Bokar. Ce maître d’Amadou Hampaté Bâ (Vie et enseignement de Tierno Bokar) fut défendu par son « truchement », c’est-à-dire l’interprète traduisant pour l’administration coloniale, lequel choisit de favoriser la médiation culturelle plutôt qu’une infidèle traduction littérale…

La professeure à Paris 8 Claire Joubert a de son côté rappelé durant sa conférence en quoi le livre de Salman Rushdie Les enfants de minuit (Booker Price en 1981) a constitué un événement dans l’histoire littéraire mondiale en opérant un décentrement de la métropole vers les littératures anglophones périphériques qui s’émancipent de l’Empire britannique. De ce nécessaire décentrement, il fut aussi question à la table ronde « English in progress » qui abordait les traductions en langues anglaises, telles que les anglais d’Irlande (ou hiberno-anglais), d’Afrique ou d’Inde, la traductrice Dominique Vitalyos rappelant à l’occasion que l’anthologie The vintage book of indian writing 1947 à 1997, publiée par Salman Rushdie et Elisabeth West, ne comportait aucun texte en langues indiennes, bien que l’Inde compte 22 langues officielles.

Les Enfants de minuit de Salman Rushdie, traduit par Jean Guiloineau

Florence Delay et Jacques Roubaud avaient pour leur part rassemblé et traduit (de l’anglais) des chants navajos des Indiens d’Amérique du Nord (ou plutôt, rectifiera le comédien et écrivain québécois Dany Boudreault, des « peuples des premières nations »), dans l’anthologie Partition rouge (Seuil, 1988). Ces chants étaient destinés à guérir, nous apprirent-ils, mais « toute poésie est une médecine », selon Jacques Roubaud, qui nous mit à l’oreille quelques noms navajos poétiques, « Tremblement de fleur », « Silencieuse jusqu’au dégel » ou explicites « Donne des couvertures en parlant », « Poil de chatte qui pendouille », enfin, le plus simple mais aussi le plus prisé par le peuple navajo, « Fou ».

« Toute poésie est une médecine », selon Jacques Roubaud

Trouver le bon simulacre

Hédi Kaddour qui animait la rencontre intitulée « Le français, butin de guerre ? » et avait donné un atelier d’écriture la veille, a noté qu’il s’agit toujours pour l’auteur, et par la suite pour son traducteur, de trouver « le bon simulacre » et qu’il convient que le texte « parle à l’oreille et tienne à la page ». Franck Wyne, traducteur de Kourouma a ainsi demandé à l’auteur ivoirien la permission d’introduire plus de mots en malinké dans sa traduction en anglais, non pas pour renforcer l’effet d’exotisme, mais pour respecter le rythme.

La veille, Jean-Pierre Richard, traducteur de l’anglais et d’un roman en swahili (Les Girofliers de Zanzibar de Adam Shafi Adam. Ed. Serpent à plume) avait évoqué le français populaire d’Abidjan utilisé par Samuel Millogo et Amadou Bissiri pour faire entendre « l’anglais pourri » inventé par Ken Saro-Wiwa dans son roman Sozaboy (pétit munitaire) et souligné que « la solution n’est jamais linguistique, mais littéraire ». Yasmina Melaouah, traductrice en italien de Kamel Daoud, Yasmina Khadra, Tahar Ben Jelloul ou Atiq Rahimi, entre autres auteurs d’expression française venus des quatre coins du monde, a pour sa part partagé son constat heureux que « la traduction m’oblige à aller chercher les ressources en sommeil dans ma langue avec pour effet de la revitaliser ».

« Le rotten english » ou « anglais pourri »

inventé par Ken Saro-Wiwa

Les nouvelles formes de contre-écritures

Ainsi, si les langues des puissances coloniales ont façonné l’esprit de trois quarts de la population mondiale modelée par la colonisation, elles sont à leur tour façonnées par ces « contre-écritures », inventives, fertiles, bruissantes de voix nouvelles et de pensées neuves, qui « parlent d’ailleurs ». La question se pose désormais des nouvelles formes prises par ces contre-écritures dans le contexte actuel, non plus des empires coloniaux, mais d’un impérialisme économique mondialisé. Il revient aux lecteurs de tendre l’oreille et d’admirer les parfaits simulacres qui permettent aux auteurs, et aux auteurs de traductions, de faire entendre ces voix/voies nouvelles.

 

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