Trois « premières » au Prix Pierre-François Caillé

Le 35ème prix Pierre-François Caillé de la traduction, remis par la Société française des traducteurs en décembre dernier, récompensait pour la première fois une traduction de l’allemand, celle du roman « L’étrange mémoire de Rosa Masur » de Vladimir Vertlib (Ed. Métailié), première traduction de Carole Fily et première traduction de cet auteur autrichien d’origine russe en français. Par Clara Drzewuski, étudiante à l’ISIT.

Le 1er décembre dernier, le prix Pierre-François-Caillé de la traduction 2017 fêtait trois « premières » : première remise du Prix à un ouvrage traduit de l’allemand depuis sa création en 1981, première traduction de la récipiendaire, Carole Fily et d’un roman de l’auteur, Vladimir Vertib, en français. Le prix récompense chaque année un traducteur qui débute dans l’édition (maximum trois ouvrages traduits et publiés).

Les défis qu’affrontent les jeunes traducteurs

Carole Fily a brillamment relevé les défis qu’affrontent tous les jeunes traducteurs, en tout premier lieu, celui de se voir confier puis de publier sa première traduction.  Avant de commencer le travail lui-même, elle rêvait depuis longtemps de devenir traductrice. Apprenant que la voie royale pour être publiée était de trouver la « perle rare » puis de démarcher les éditeurs, elle a proposé la traduction de  L’Etrange Mémoire de Rosa Masur aux éditions Métailié. Quatrième ouvrage de Vladimir Vertlil, le livre a reçu le prix Adalbert-von-Chamisso en Allemagne, décerné à un ouvrage de langue allemande écrit par un auteur dont ce n’est pas la langue maternelle. La confiance de son éditrice, Mme Nicole Bari, traductrice émérite, l’a encouragée à s’investir pleinement dans son projet, à surmonter ses appréhensions.

L’histoire de Rosa Masur, vieille femme juive de Biélorussie, qui fait le récit bouleversant de sa vie et de son pays tout au long du XXème siècle, a fait l’unanimité dans le jury, lequel a récompensé le travail de traduction d’un texte dont l’auteur, Autrichien d’origine russe, Vladimir Vertlib, écrit en allemand, sa langue d’adoption. Les allers et retours entre les cultures sont donc permanents pour que la puissance particulière du russe soit transmise au français et que la musicalité de l’allemand, chère à la traductrice, soit toujours « audible » dans la langue d’arrivée.

Traduire du russe « passé par l’allemand »

Avec modestie, Carole Fily explique que la première version de son travail était trop lisse, trop éloignée des intentions et de la langue de l’auteur. Elle a dû revenir sur de nombreux passages, en gardant en tête qu’il s’agissait avant tout d’un « roman russe ». Pourtant, elle souligne que « si traduire des auteurs qui ne sont pas de langue maternelle allemande ajoute une contrainte, cela offre aussi un espace de liberté et de créativité. »

Pour parler du texte source, Carole Fily recourt à un mot en particulier : « apnée ». Au cours de son travail, elle dit avoir eu parfois la tentation de couper les phrases afin que le texte « coule » mieux en français. Mais elle le dit elle-même : « il convenait de respecter ces longues phrases, courant parfois sur plusieurs pages, de l’auteur. Une phrase, c’est avant tout un rythme et un souffle, et le traducteur doit s’efforcer de les épouser ».

Difficile, aussi, de ne pas récrire le texte, de ne pas vouloir embellir ou « faire joli ». Il faut résister à la tentation d’introduire dans son travail une phrase idiomatique que l’on juge réussie si celle-ci s’éloigne de l’intention originale. Ce qu’il faut, insiste la traductrice, c’est : « respecter le texte d’origine » et garder la bonne distance, savoir s’effacer. La lauréate, par ailleurs, s’est dit particulièrement fière de recevoir cette récompense alors que la qualité des traductions en allemand avaient été mises en doute en septembre lors d’un dîner élyséen, créant dans le monde littéraire germanophone un émoi -de courte durée- au regard de la longue tradition de traduction entre les deux pays.

Lucie et l’âme russe de Vladimir Vertlib à paraître en avril

La traductrice a entre-temps achevé la traduction du second roman de Vladimir Vertlib à paraître en français, Lucia et l’âme russe. Dans ce nouveau récit, Vertlib, avec un sens de l’humour à toute épreuve, nous embarque dans la Vienne d’aujourd’hui, ville au bord de la crise de nerfs, pour nous livrer une critique acerbe et sans concessions du politiquement correct et du mythe de l’identité, dévoilant ainsi les coins les plus sombres de l’âme viennoise. A découvrir le 12 avril prochain, toujours aux éditions Métailié.

Le jury a en outre remis cette année une mention spéciale à Michelle Ortuno pour sa traduction de Baby Spot (Ed. La Contre Allée), deuxième roman d’Isabel Alba. C’est la deuxième fois que la traductrice se trouvait parmi les finalistes avec la même auteure, et d’après les mots du jury, elle présente « un travail modèle du genre ».  La langue du texte est argotique, celle d’un adolescent de douze ans qui écrit comme il parle, et la traduction française respecte parfaitement ce niveau de langue.

Retrouvez l’intervention de Carole Fily lors de la table ronde sur la Littérature autrichienne et la carte blanche aux éditions La Contre Allée lors de la dernière édition du festival Vo-Vf, le monde en livres du 29 septembre au 1er octobre 2017.

Toutes les tables rondes sont à retrouver sur le soundcloud ou sur la chaîne Youtube du festival Vo-Vf.

Cet  article a été rédigé par Clara Drzewuski, étudiante en master 2 Communication interculturelle et traduction dans le cadre d’un Projet de recherche appliqué (PRA) mené par l’ISIT, grande école de référence du multilinguisme et de l’interculturel, avec le festival Vo-Vf. 

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Traducteurs d’un jour au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse

Grande fête de la littérature jeunesse, le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse donne aussi l’occasion de rencontrer des auteurs étrangers et de sensibiliser les jeunes lecteurs au travail des traducteurs sans lesquels même Harry Potter n’aurait pu franchir nos frontières. Deux joutes de traduction et un atelier « traducteur d’un jour » permettaient de s’initier au plaisir de la langue et de l’écriture avec des traducteurs professionnels.

Julie Sibony et Mona de Pracontal, traductrices littéraires, avec des élèves « traducteurs d’un jour » du collège François-Mtterrand de Noisy-le-Grand 

L’atelier commence par une devinette. Qui a écrit : « Mr et Mrs Dursley, qui habitaient au 4, Privet Drive avait toujours affirmé… » ? Dès les premiers mots, les mains se lèvent et le nom fuse : « JK Rowling ! ». Mona de Pracontal et Julie Sibony, traductrices littéraires, secouent la tête, désolées de décevoir la classe du collège François-Mitterrand de Noisy-le-Grand qui participe à cet atelier « Traducteur d’un jour » proposé par l’ATLAS, Association pour la promotion de la traduction littéraire. « Non, ce n’est pas la bonne réponse », reprend la traductrice, car J.K. Rowling a écrit : « Mr. and Mrs. Dursley of number four, Privet Drive, were proud to say… ». La suite sur ActuaLitté.com

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34e édition des Assises de la traduction littéraire d’Arles

Forte affluence à la 34e édition des Assises de la traduction littéraire d’Arles qui se sont closes dimanche 12 novembre 2017. Les ateliers de traduction ont fait le plein, notamment en raison des partenariats noués avec les universités qui drainent un nouveau public d’étudiants… La suite sur ActuaLitté.com !

« Des voix dans le choeur », film documentaire réalisé par Henry Colomer

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5ème édition de VoVf, le monde en livres – J-15 !

Cher-e-s ami-e-s de Tradzibao,

ne pouvant être sur tous les fronts, mais luttant toujours pour faire entendre la belle parole des traducteurs littéraires, j’ai vous ai abandonnés le temps d’un petit détour à Gif-sur-Yvette. C’est là que cela se passe ! Du 29 septembre au 1er octobre, 5ème édition de VoVf, le monde en livres avec une centaine de traducteurs littéraires, de Artozqui Santiago à Zenatti Valérie (petit effet facile, il suffit de regarder la liste des invités).

Dans 15 jours, les festivités commencent à Gif-sur-Yvette avec Alain Mabanckou, parrain du festival qui a invité Dominic Thomas, traducteur de Aimé Césaire, Sony Labou Tansi, Abdourahman Waberi, et Emmanuel Dongala, mais aussi directeur du Département d’Études françaises et francophones à l’Université de Californie à Los Angeles, à venir inaugurer cette 5ème édition, vendredi 29 septembre à 18h30.

Il est de tradition (vieille tradition d’au moins trois ans d’âge…) que le parrain du festival choisisse le film projeté et Alain Mabanckou propose de découvrir la série Quartiers lointains, réalisée par de jeunes cinéastes africains sur le thème « Justice ! » et présentée à Paris, au MK2 Beaubourg le mardi 26 septembre, puis à Gif-sur-Yvette.

Les deux journées du week-end seront bien remplies avec une quarantaine de tables rondes thématiques (« Traduire le corps », « les histoires de Nasr Eddin Hodja », « les mots manquants », « traduire les langues imaginaires », « le reportage littéraire polonais ») ou par langues (Les voix de la Syrie, la littérature tamoule, autrichienne, chinoise, suisse…), des ateliers de découverte des langues (bambara, japonais et LSF), une joute de traduction organisée par l’Atlf, des lectures, des performances multilingues de l’association « Lectures pour Suite », des concerts et beaucoup d’échanges d’idées et de découvertes sur les pelouses du parc, aux terrasses des cafés ou à la libraire Babel du festival.

Attention, il y a quatre tables rondes par tranche horaire de 10h30 à 17h30 et donc l’embarras du choix… Deux solutions, le tirage au sort sur place ou une étude approfondie du programme et la réservation en ligne, qui n’est pas obligatoire, mais très recommandée, car certaines tables rondes sont déjà bien pleines, on vous aura prévenu.

Tout le festival est gratuit et libre d’accès, sauf la projection, le concert et le repas à prix mini, mais tout soutien sonnant et floufloutant est le bienvenu, en versant quelques deniers sur Helloasso ou directement dans la caisse en carton placée à l’accueil du festival.

Rappelons que les bénéfices de la vente des livres à la librairie Babel du festival sont entièrement reversés à l’association Vo-Vf pour l’organisation de la manifestation.

Toutes les infos sur le site, fruit d’un long labeur estival, collectif et enthousiaste.

VOVF 2017

Une citation pour finir, d’Alberto Manguel, qui aurait été fort a propos l’an passé où le festival recevait Maylis de Kerangal et sa traductrice canadienne de « Réparer les vivants », Jessica Moore…

 

 

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Traduire pour les tout-petits et les ados

12 % de la littérature jeunesse (hors BD) éditée en 2015 sont des traductions, principalement de l’anglais*. Les traductrices Rose-Marie Vassallo et Alice Marchand interviendront lundi 5 décembre au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse pour évoquer la condition du traducteur de littérature jeunesse et battre en brèche l’idée farfelue que « traduire pour les petits est un jeu d’enfant ».

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Rock Addict de C.J. Skuse, traduit par Alice Marchand, couverture illustrée par Anne Simon (Gallimard Jeunesse, 2012, coll. Scripto)

« L’album ne nourrit pas son homme », premier constat sans appel de Rose-Marie Vassallo qui affiche près de 400 traductions à son CV, dont un bon nombre de livres pour les tout-petits, la copieuse saga des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (13 volumes), mais aussi des essais et des romans de littérature générale. Pour cette traductrice chevronnée, intervenante à l’École de Traduction Littéraire du CNL-Asfored et animatrice d’ateliers de traduction dans diverses formations professionnelles, la brièveté du texte ne rend en rien la traduction des livres pour enfants plus aisée que les traductions au long cours. Pourtant « l’enfantine » est souvent moins bien rémunérée au prétexte que les textes sont brefs et le vocabulaire basique, oui, mais les difficultés, innombrables, sont ailleurs, comme l’exposeront les deux traductrices durant cette table ronde.

« Plus cela a l’air facile, plus la tâche du traducteur est ardue », indique Rose-Marie Vassallo, aussi, difficile de vivre de la traduction des albums pour enfants qui demande « beaucoup de temps pour peu d’argent, comme la poésie ». Les difficultés sont du reste similaires, car faire simple est toujours très compliqué. Les mots les plus usuels ne recouvrent pas les mêmes champs sémantiques d’une langue à l’autre, les sens superposés sont multiples et le respect du rythme et de la musique demeure primordial, tant en poésie que dans les comptines.

« Plus un texte est bref, plus il est fragile en traduction »

La brièveté du texte, loin d’être un avantage, implique que chaque phrase soit ciselée et l’ensemble enlevé. « En fait, plus un texte est bref et plus il est fragile en traduction », poursuit Rose-Marie Vassallo qui dresse une liste des nombreux pièges posés aux traducteurs (les noms de personnages, de lieux, les jeux de mots, les dialectes, les sociolectes, les registres de langues, les référents culturels, le rapport texte-image, la contrainte d’espace, etc.) avant de dresser la liste, tout aussi longue, des avantages à traduire la littérature jeunesse. Du plaisir des trouvailles au partage d’un texte plus facile à donner à lire qu’un pavé de 600 pages.

Même plaisir revendiqué pour Alice Marchand, qui a traduit des ouvrages très différents de la BD à la poésie au roman pour adolescent et qui, après 20 ans de cette « gymnastique ardue », explique se trouver à chaque nouvelle traduction devant « un territoire vierge » et face à « des difficultés nouvelles ». Pas de routine au fil du temps, donc, mais l’acquisition d’un savoir-faire qui permet de repérer les difficultés qui sont autant de défis pour le traducteur.

Elle cite parmi les casse-têtes récurrents, en plus de ceux déjà relevés par sa consœur, celui de l’argot fréquemment utilisé dans les romans pour adolescents. « Même si j’interviewe régulièrement les ados sur leur langage à eux, j’emploie volontairement un argot légèrement désuet » explique-t-elle, ce qui est sans doute la meilleure façon de ne pas voir vieillir la traduction trop rapidement.

La Confrérie des infortunés traducteurs de Lemony Snicket

Autre satisfaction, l’extrême attention avec laquelle les livres sont lus par les jeunes lecteurs, auxquels aucun détail n’échappe. « Quand un enfant lit un livre, il lit tout, y compris le nom du traducteur », note Rose-Marie Vassallo qui fut extrêmement sollicitée par les fans de la saga des Orphelins Baudelaire, répondit à leurs nombreux courriers puis mails, et est encore en contact avec certains d’entre eux à présent âgés de 30-35 ans.

Alice Marchand © Isis Burke

Cette saga traduite dans 41 langues constitue le parfait exemple de toutes les difficultés que peut poser un texte fantaisiste, truffé de jeux de mots, de citations et de références (une page wiki est consacrée à leur recensement) et dont le traducteur ne peut prévoir l’évolution de l’histoire dans les tomes à venir. Pour faire face au défi de traduction, s’est ainsi créée la Confrérie des infortunés traducteurs de Lemony Snicket, un forum qui permettait aux traducteurs d’échanger entre eux et à ceux qui avaient un tome d’avance de prévenir leurs collègues des pièges à éviter. Celui des trois initiales mystérieuses, par exemple…

Cette histoire et tant d’autres histoires de traduction à découvrir lundi 5 décembre à 10h30 avec les deux traductrices.

Joute de traduction, à partir de 13 ans, au SLPJ

Un autre rendez-vous mettra en lumière toute la difficulté et le plaisir de traduire pour les enfants, la joute de traduction qui opposera Paola Appelius à Marie Hermet, sous l’arbitrage de Laurence Kiefé et Valérie Le Plouhinec de l’ATLF autour d’un texte inédit de Will Mabbit, vendredi 2 décembre à 13h à l’atelier Transbook. Les paris sont ouverts !

* Source statistiques SNE 2015-2016

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