Traduire pour les tout-petits et les ados

12 % de la littérature jeunesse (hors BD) éditée en 2015 sont des traductions, principalement de l’anglais*. Les traductrices Rose-Marie Vassallo et Alice Marchand interviendront lundi 5 décembre au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse pour évoquer la condition du traducteur de littérature jeunesse et battre en brèche l’idée farfelue que « traduire pour les petits est un jeu d’enfant ».

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Rock Addict de C.J. Skuse, traduit par Alice Marchand, couverture illustrée par Anne Simon (Gallimard Jeunesse, 2012, coll. Scripto)

« L’album ne nourrit pas son homme », premier constat sans appel de Rose-Marie Vassallo qui affiche près de 400 traductions à son CV, dont un bon nombre de livres pour les tout-petits, la copieuse saga des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (13 volumes), mais aussi des essais et des romans de littérature générale. Pour cette traductrice chevronnée, intervenante à l’École de Traduction Littéraire du CNL-Asfored et animatrice d’ateliers de traduction dans diverses formations professionnelles, la brièveté du texte ne rend en rien la traduction des livres pour enfants plus aisée que les traductions au long cours. Pourtant « l’enfantine » est souvent moins bien rémunérée au prétexte que les textes sont brefs et le vocabulaire basique, oui, mais les difficultés, innombrables, sont ailleurs, comme l’exposeront les deux traductrices durant cette table ronde.

« Plus cela a l’air facile, plus la tâche du traducteur est ardue », indique Rose-Marie Vassallo, aussi, difficile de vivre de la traduction des albums pour enfants qui demande « beaucoup de temps pour peu d’argent, comme la poésie ». Les difficultés sont du reste similaires, car faire simple est toujours très compliqué. Les mots les plus usuels ne recouvrent pas les mêmes champs sémantiques d’une langue à l’autre, les sens superposés sont multiples et le respect du rythme et de la musique demeure primordial, tant en poésie que dans les comptines.

« Plus un texte est bref, plus il est fragile en traduction »

La brièveté du texte, loin d’être un avantage, implique que chaque phrase soit ciselée et l’ensemble enlevé. « En fait, plus un texte est bref et plus il est fragile en traduction », poursuit Rose-Marie Vassallo qui dresse une liste des nombreux pièges posés aux traducteurs (les noms de personnages, de lieux, les jeux de mots, les dialectes, les sociolectes, les registres de langues, les référents culturels, le rapport texte-image, la contrainte d’espace, etc.) avant de dresser la liste, tout aussi longue, des avantages à traduire la littérature jeunesse. Du plaisir des trouvailles au partage d’un texte plus facile à donner à lire qu’un pavé de 600 pages.

Même plaisir revendiqué pour Alice Marchand, qui a traduit des ouvrages très différents de la BD à la poésie au roman pour adolescent et qui, après 20 ans de cette « gymnastique ardue », explique se trouver à chaque nouvelle traduction devant « un territoire vierge » et face à « des difficultés nouvelles ». Pas de routine au fil du temps, donc, mais l’acquisition d’un savoir-faire qui permet de repérer les difficultés qui sont autant de défis pour le traducteur.

Elle cite parmi les casse-têtes récurrents, en plus de ceux déjà relevés par sa consœur, celui de l’argot fréquemment utilisé dans les romans pour adolescents. « Même si j’interviewe régulièrement les ados sur leur langage à eux, j’emploie volontairement un argot légèrement désuet » explique-t-elle, ce qui est sans doute la meilleure façon de ne pas voir vieillir la traduction trop rapidement.

La Confrérie des infortunés traducteurs de Lemony Snicket

Autre satisfaction, l’extrême attention avec laquelle les livres sont lus par les jeunes lecteurs, auxquels aucun détail n’échappe. « Quand un enfant lit un livre, il lit tout, y compris le nom du traducteur », note Rose-Marie Vassallo qui fut extrêmement sollicitée par les fans de la saga des Orphelins Baudelaire, répondit à leurs nombreux courriers puis mails, et est encore en contact avec certains d’entre eux à présent âgés de 30-35 ans.

Alice Marchand © Isis Burke

Cette saga traduite dans 41 langues constitue le parfait exemple de toutes les difficultés que peut poser un texte fantaisiste, truffé de jeux de mots, de citations et de références (une page wiki est consacrée à leur recensement) et dont le traducteur ne peut prévoir l’évolution de l’histoire dans les tomes à venir. Pour faire face au défi de traduction, s’est ainsi créée la Confrérie des infortunés traducteurs de Lemony Snicket, un forum qui permettait aux traducteurs d’échanger entre eux et à ceux qui avaient un tome d’avance de prévenir leurs collègues des pièges à éviter. Celui des trois initiales mystérieuses, par exemple…

Cette histoire et tant d’autres histoires de traduction à découvrir lundi 5 décembre à 10h30 avec les deux traductrices.

Joute de traduction, à partir de 13 ans, au SLPJ

Un autre rendez-vous mettra en lumière toute la difficulté et le plaisir de traduire pour les enfants, la joute de traduction qui opposera Paola Appelius à Marie Hermet, sous l’arbitrage de Laurence Kiefé et Valérie Le Plouhinec de l’ATLF autour d’un texte inédit de Will Mabbit, vendredi 2 décembre à 13h à l’atelier Transbook. Les paris sont ouverts !

* Source statistiques SNE 2015-2016

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La valise africaine de Sylvain Prudhomme

L’écrivain Sylvain Prudhomme a porté sa « valise africaine » jusqu’aux Assises de la traduction littéraire à Arles qui consacraient leur 33e édition aux « contre-écritures » : celles postcoloniales poussées sur les cendres des empires, mais aussi toutes celles qui croissent librement aux marges des langues dominantes (ou de domination). Nous partageons à notre tour sa bibliothèque africaine, une quinzaine de livres sélectionnés « subjectivement » par cet écrivain voyageur, également traducteur de l’essai « Décoloniser l’esprit » du kényan Ngugi wa Thiong’o.

Sylvain Prudhomme et sa valise africaine aux Assises de la traduction littéraire 2016

Tout juste sorties de la « valise africaine », quatre piles de livres inégales. Sylvain Prudhomme explique en ouverture de cet atelier proposé dans le cadre des Assises de la traduction littéraire à Arles sa tentative, « vouée à l’échec », de classer ces livres venus du continent africain, « celui que je connais le moins mal » dit-il, et qui incarnent selon lui différentes formes de contre-écritures. Absente de sa sélection, la plus radicale d’entre elles, celle qui décide de se passer de la langue du colon, comme le fit l’auteur kényan Ngugi wa Thiong’o. Suite aux représentations d’une de ses pièces dans sa langue natale, le kikuyu, l’auteur anglophone est emprisonné en 1978 pendant un an. Dans sa cellule, il écrit son premier roman en kikuyu (les précédents étaient en anglais), car « je me devais d’écrire dans la langue qui m’avait valu d’être incarcéré ».

En 1986, le personnage de son second livre écrit en kikuyu, Matigari (non traduit en français), ancien guérillero mau mau rendu populaire grâce aux lectures publiques du texte, est recherché par la police kényane convaincue qu’il s’agit d’une personne réelle. Le livre est interdit et son auteur contraint de trouver refuge en Grande-Bretagne. À son retour au Kénya en 2004, après 22 ans d’exil, il est de nouveau victime d’une tentative d’assassinat. Ngugi wa Thiong’o, pressenti pour le prix Nobel de littérature, demeure désormais aux États-Unis où il dirige l’International Center for Writing & Translation à l’université d’Irvine en Californie. Dans son essai « Décoloniser l’esprit » paru en 1986 (Ed. La Fabrique, 2011. Traduit par Sylvain Prudhomme), il explique son choix de « dire adieu à l’anglais », mais aussi son espoir de « pouvoir continuer à dialoguer avec tous par le bon vieil intermédiaire des traductions ».

Pièce de théâtre de Ngugi wa Thiongo « Je me marierai quand je voudrai » en kikuyu

Le retour à la langue natale, le wolof, de Boubacar Boris Diop

 Côté francophone, ce retour à la langue natale est aussi celui opéré par l’auteur Boubacar Boris Diop qui, sans renoncer au français, a écrit un roman en wolof (Doomi Golo, Ed. Papyrus), lancé une collection de livres traduits en wolof Céytu (Ed. Zulma) et enseigne la littérature romanesque en wolof à l’université de Saint Louis (Sénégal).

Sylvain Prudhomme, une main sur ses piles, l’autre accompagnant sa parole, prévient avoir laissé de côté les grands classiques de la première génération d’auteurs après les Indépendances, qui abordaient pour beaucoup la question de «  grandir colonisé ». Il cite Cheikh Hamidou Kane, Mongo Béti, Ferdinand Oyono, Chinua Achebe, Gabriel Okara, Samuel Ousmane, entre autres, inscrivant leurs noms sur le tableau de l’amphithéâtre du Collège des traducteurs.

Dans la première pile, commente-t-il, les livres « sapeurs », ceux où « les auteurs s’emparent de la langue française et la font flamboyer dans un grand geste de fierté, comme les sapeurs empruntent les codes vestimentaires pour mieux éblouir par leur élégance ». Dans la seconde, des ouvrages « plus classiques, plusréalistes aussi » qui opèrent un recentrement et s’intéressent à des « problèmes pas forcément liés à l’Occident ». Dans la troisième, des récits qui « prennent acte que l’Afrique s’est mondialisée » et qu’une partie de la diaspora africaine vit en Amérique, en Asie, en Europe ou en Océanie. La quatrième pile s’ouvre aux littératures africaines anglophones et lusophones, ces dernières revendiquant, selon lui, « un lien plus fort avec l’imaginaire » et décrivant « un monde où la raison rend les armes devant la magie ».

Les « hanches délivrantes » et le « cousinage de plaisanterie »

Piochant dans chaque pile selon son inspiration, il lit un extrait de La Vie et demiede Sony Labou Tansi (qu’il cite en exergue de son livre Les Grands, en cours de traduction en anglais par la traductrice et musicienne Jessica Moore), s’arrête sur la force d’évocation des images de l’auteur congolais, celle des « hanches délivrantes » ou des « cuisantes crues d’électricité charnelle ». Le public est invité à donner lecture des extraits suivants, Peuls du Guinéen Tierno Monénembo qui retrace l’histoire des Peuls depuis le XVème siècle, « la période coloniale n’étant qu’un petit épisode de cette longue épopée ».

Sylvain Prudhomme éclaire au passage la tradition du « cousinage de plaisanterie », puis propose de se pencher sur Le Ventre de l’Atlantique de Fatou Diome qui jette un pont entre un frère et une sœur, l’un au Sénégal, l’autre en France via un match de foot de l’Euro 2000. Il ouvre ensuite La Théorie générale de l’oubli de l’écrivain angolais José Eduardo Agualusa (traduit par Geneviève Leibrich), soulignant la puissance de cette fable, puis il en donne à lire un extrait tiré de l’histoire Le collectionneur de disparitions qui voit un écrivain français s’évaporer par magie dans la capitale angolaise Luanda. Seul son chapeau sera retrouvé sur la tête d’une prostituée qui constate simplement : « Le mulâtre s’est perdu, le chapeau m’a trouvée ».

L’épopée des Peuls racontée par Tierno Monénembo

Du Soleil des indépendances au Tropique de la violence

Durant cette rapide traversée de la « littérature africaine postcoloniale d’auteurs d’expression européenne », détour obligé par Le Soleil des indépendances de l’Ivoirien Ahmadou Kourouma qui « utilise les mots à côté de leur usage dominant », faisant entendre les sonorités du malinké. Fama se rend aux funérailles de Ibrahima qui « n’a pas soutenu un petit rhume ». Puis, d’un bond le public se retrouve dans le bus « sans climatisé » d’une nouvelle tirée de Love is power ou quelque chose comme ça du Nigérian A. Igoni Barrett (traduit par Sika Fakambi), dont la lecture provoque le rire dans l’assistance, tant sont décrits avec justesse les bus BRT « importés totalement nouveau de l’étranger directement » coincés dans les « goslows » (embouteillages).

Seront encore évoqués Debout payé du franco-ivoirien Gauz, qui « déteste être classé au rayon littérature africaine », précise Sylvain Prudhomme, puis L’Accordeur de silences du Mozambicain Mia Couto (traduit par Elisabeth Monteiro Rodrigues), le très sombre roman de la Mauricienne Ananda Devi, Le Sari vert,  l’indispensable Americanah de la nigériane Chimamanda Ngozi Adichie (traduit par Anne Damour), dans lequel l’héroïne Ifemelu raconte son expérience d’étudiante nigériane, puis sa vie d’immigrée africaine aux USA. Pour finir – faute de temps supplémentaire- il recommande la lecture du tout récent Tropique de la violence de Natacha Appanah où l’écrivaine mauricienne livre un portrait de Mayotte.

Ifemelu quitte le Nigéria pour étudier à Philadephie…

Si l’exercice de la « valise africaine », inspiré de la « Valise mexicaine » présentée aux rencontres photographiques, était une première pour Sylvain Prudhomme, l’écrivain est déjà intervenu par deux fois au Collège International des Traducteurs d’Arles pour présenter aux résidents des livres d’auteurs contemporains et leur donner le goût et l’envie de les traduire. Le CITL accueille chaque année une centaine de traducteurs de tous les pays pour des résidences de deux semaines à deux mois, avec le soutien du CNL. Depuis 1987, 1400 traducteurs y ont traduit 2300 ouvrages. Le collège organise par ailleurs régulièrement des formations en binôme, sous le nom de « Fabrique des traducteurs ».

Le truchement de Tierno Bokar, maître de Hampaté Bâ

Cet atelier faisait écho aux réflexions débutées la veille lors de l’inauguration des Assises avec une conférence du professeur de philosophie, Souleymane Bachir Diagne sur « traduire l’orature (les littératures orales. Ndr) en écriture », durant laquelle il revint sur l’histoire de Tierno Bokar. Ce maître d’Amadou Hampaté Bâ (Vie et enseignement de Tierno Bokar) fut défendu par son « truchement », c’est-à-dire l’interprète traduisant pour l’administration coloniale, lequel choisit de favoriser la médiation culturelle plutôt qu’une infidèle traduction littérale…

La professeure à Paris 8 Claire Joubert a de son côté rappelé durant sa conférence en quoi le livre de Salman Rushdie Les enfants de minuit (Booker Price en 1981) a constitué un événement dans l’histoire littéraire mondiale en opérant un décentrement de la métropole vers les littératures anglophones périphériques qui s’émancipent de l’Empire britannique. De ce nécessaire décentrement, il fut aussi question à la table ronde « English in progress » qui abordait les traductions en langues anglaises, telles que les anglais d’Irlande (ou hiberno-anglais), d’Afrique ou d’Inde, la traductrice Dominique Vitalyos rappelant à l’occasion que l’anthologie The vintage book of indian writing 1947 à 1997, publiée par Salman Rushdie et Elisabeth West, ne comportait aucun texte en langues indiennes, bien que l’Inde compte 22 langues officielles.

Les Enfants de minuit de Salman Rushdie, traduit par Jean Guiloineau

Florence Delay et Jacques Roubaud avaient pour leur part rassemblé et traduit (de l’anglais) des chants navajos des Indiens d’Amérique du Nord (ou plutôt, rectifiera le comédien et écrivain québécois Dany Boudreault, des « peuples des premières nations »), dans l’anthologie Partition rouge (Seuil, 1988). Ces chants étaient destinés à guérir, nous apprirent-ils, mais « toute poésie est une médecine », selon Jacques Roubaud, qui nous mit à l’oreille quelques noms navajos poétiques, « Tremblement de fleur », « Silencieuse jusqu’au dégel » ou explicites « Donne des couvertures en parlant », « Poil de chatte qui pendouille », enfin, le plus simple mais aussi le plus prisé par le peuple navajo, « Fou ».

« Toute poésie est une médecine », selon Jacques Roubaud

Trouver le bon simulacre

Hédi Kaddour qui animait la rencontre intitulée « Le français, butin de guerre ? » et avait donné un atelier d’écriture la veille, a noté qu’il s’agit toujours pour l’auteur, et par la suite pour son traducteur, de trouver « le bon simulacre » et qu’il convient que le texte « parle à l’oreille et tienne à la page ». Franck Wyne, traducteur de Kourouma a ainsi demandé à l’auteur ivoirien la permission d’introduire plus de mots en malinké dans sa traduction en anglais, non pas pour renforcer l’effet d’exotisme, mais pour respecter le rythme.

La veille, Jean-Pierre Richard, traducteur de l’anglais et d’un roman en swahili (Les Girofliers de Zanzibar de Adam Shafi Adam. Ed. Serpent à plume) avait évoqué le français populaire d’Abidjan utilisé par Samuel Millogo et Amadou Bissiri pour faire entendre « l’anglais pourri » inventé par Ken Saro-Wiwa dans son roman Sozaboy (pétit munitaire) et souligné que « la solution n’est jamais linguistique, mais littéraire ». Yasmina Melaouah, traductrice en italien de Kamel Daoud, Yasmina Khadra, Tahar Ben Jelloul ou Atiq Rahimi, entre autres auteurs d’expression française venus des quatre coins du monde, a pour sa part partagé son constat heureux que « la traduction m’oblige à aller chercher les ressources en sommeil dans ma langue avec pour effet de la revitaliser ».

« Le rotten english » ou « anglais pourri »

inventé par Ken Saro-Wiwa

Les nouvelles formes de contre-écritures

Ainsi, si les langues des puissances coloniales ont façonné l’esprit de trois quarts de la population mondiale modelée par la colonisation, elles sont à leur tour façonnées par ces « contre-écritures », inventives, fertiles, bruissantes de voix nouvelles et de pensées neuves, qui « parlent d’ailleurs ». La question se pose désormais des nouvelles formes prises par ces contre-écritures dans le contexte actuel, non plus des empires coloniaux, mais d’un impérialisme économique mondialisé. Il revient aux lecteurs de tendre l’oreille et d’admirer les parfaits simulacres qui permettent aux auteurs, et aux auteurs de traductions, de faire entendre ces voix/voies nouvelles.

 

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Festival Vo-Vf, le monde en livres, du 30 septembre au 2 octobre à Gif-sur-Yvette

Dernier né des festivals littéraires d’Ile-de-France et premier en son genre, le festival Vo-Vf, le monde en livres a la particularité d’aborder la littérature étrangère par le biais de ses traducteurs. Du 30 septembre au 02 octobre 2016, une trentaine de tables rondes et ateliers se dérouleront dans toute la ville de Gif-sur-Yvette. Une occasion pour les lecteurs de rencontrer ces « auteurs derrière l’auteur » que sont les traducteurs littéraires et de découvrir avec eux langues et cultures étrangères.

 

Le monde en livres, la parole aux traducteurs

festival Vo-Vf, le monde en livres du 30 septembre au 02 octobre 2016

 

« Lire et faire lire », tel est l’objectif poursuivi par les libraires fondateurs du festival Vo-Vf, le monde en livres dont la quatrième édition se tiendra du 30 septembre au 2 octobre à Gif-sur-Yvette, au sud-ouest de Paris. Et quel meilleur passeur d’une œuvre de littérature étrangère que son traducteur qui est resté plusieurs mois plongé dans l’ouvrage et qui, par ailleurs, est bien souvent à l’origine de sa découverte par l’éditeur…

Les traducteurs ont enfin leur festival !

Lorsqu’ils invitent pour la première fois deux auteurs étrangers, l’indien Tarun J.Tejpal, puis l’Iranienne Zoyâ Pirzâd, accompagnés de leurs traducteurs, les libraires de Liragif et de La Vagabonde & sa Fabrique constatent d’emblée le vif intérêt des lecteurs pour l’éclairage apporté par les traducteurs. La décision collégiale est rapidement prise de « pousser les murs de nos librairies en organisant trois jours de rencontres avec les traducteurs afin de donner la parole à ces auteurs de l’ombre », se souvient Hélène Pourquié. Le festival Vo-Vf est né, dont la première édition se tiendra en 2013, sous les bons auspices d’Agnès Desarthe et de Claro, traducteur à l’honneur, qui annonce à l’époque sur son blog la bonne nouvelle : « Qu’on se le dise : les traducteurs ont enfin leur festival, et c’est un festival de livres et de lecteurs ! »

Suivront en 2014 et 2015 d’autres parrains bienveillants, tels que Patrick Deville, Pierre Assouline, André Markowicz, Tobie Nathan et le regretté Jean-Pierre Carasso, entre autres invités qui marqueront ces premières années. La programmation, soucieuse de présenter des œuvres majeures, de mettre en lumière le travail des traducteurs et d’aborder le vaste champ des langues et du langage tente de balayer le plus large éventail de cultures et de pays et de varier les thématiques à chaque nouvelle édition.

Maylis de Kerangal et sa traductrice canadienne Jessica Moore

Pour ce quatrième rendez-vous, ce sont des marraines qui prennent le relais, avecMaylis de Kerangal et sa traductrice canadienne Jessica Moore, également poète et musicienne, pour la soirée d’inauguration vendredi 30 septembre, et la russophone Luba Jurgenson, traductrice à l’honneur, qui viendra parler de son travail sur les récits de témoignages du goulag, objet de ses recherches, mais aussi de son expérience du bilinguisme dont elle a tiré un précieux recueil « Au lieu du péril » (Verdier, 2014).

La Belgique et ses deux langues, flamande et francophone, est une autre invitée spéciale du festival, avec deux auteurs de renom, Jean-Philippe Toussaint et Tom Lanoye, accompagnés de leurs traducteurs, vers l’italien et l’espagnol pour le premier, vers le français pour le second. Tous deux viendront rappeler que, au-delà de leur différence linguistique, l’autodérision et l’humour restent une valeur belge commune, chacun dans son style. L’auteure et traductrice Diane Meur (belge également, mais qui le sait ?) viendra présenter sa plus récente traduction de l’anglais (Afrique du Sud), ainsi qu’un livre de Tezer özlü qui lui est cher et dont l’histoire entraîne le lecteur en Turquie et en Allemagne, mais aussi sur les traces de Kafka, Svevo et Pavese…

De la littérature kurde aux œuvres du féminisme afro-américain

Parmi les rendez-vous à ne pas manquer, l’intervention de la scientifique Françoise Balibar sur la traduction des écrits de Albert Einstein, la table ronde sur la rentrée littéraire, celle sur les littératures lusophone et néo-zélandaise, la présentation du théâtre de l’Est par la Maison d’Europe et d’Orient, la découverte de la littérature kurde avec la BULAC, la table ronde sur « Traduire les textes sacrés » ou encore celle sur la traduction du « black feminism » ou féminisme afro-américain, entre autres éléments de programmation de cette 4e édition.

Certains sont devenus des rendez-vous attendus du public, tel que les jeux traductifs proposés par les stagiaires de l’École de traduction littéraire du CNL-Asfored qui invitent la salle à participer à ses « colles de traduction » et autres pièges posés par le passage d’une langue à une autre, d’une culture à une autre. 

Pour les enfants, la découverte des langues

Les enfants bénéficient d’une programmation qui leur est spécialement destinée, comprenant des ateliers d’arts plastiques, d’origami ou encore de découverte des langues avec l’association Kidilangues, des lectures de contes, un goûter sur les pelouses du parc du château, entre autres. 

La manifestation, qui a reçu l’an passé mille visiteurs venus de toute l’Ile de France, est entièrement libre d’accès et gratuite, et tient à le rester… Pour ce faire, chaque année, le bénéfice des ventes réalisées par la librairie éphémère Babel durant le week-end est totalement réinvesti dans l’organisation du festival. 

L’équipe a également lancé une campagne de financement participatif surhelloasso, encore en cours. Les organisateurs remercient les contributeurs dans la quinzaine de langues présentes cette année à Vo-Vf, le monde en livres : thank you, hvala, Danke, tack, takk , спасибо, dank u, 감사obrigado, spasممنونgracias, 谢谢, faleminderit, ευχαριστώ.

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Jean-Philippe Toussaint laisse le “final cut” à ses traducteurs

Il est l’un des auteurs belges les plus traduits dans le monde, et aussi l’un des rares écrivains à réunir régulièrement ses traducteurs pour répondre à leurs questions. Jean-Philippe Toussaint expérimente depuis 2000 ces sessions collectives dont il garde la trace sur son site sous forme de vidéos et de comptes rendus. Cet été, il travaillait avec ses traducteurs sur les livres FuirLa Réticence ou encore le dernier paru Football pour ses lecteurs tchèques, chiliens, estoniens ou encore chinois.

Jean-Philippe Toussaint et son traducteur en américain, John Lambert. Seneffe 2016.

Jean-Philippe Toussaint est un écrivain qui a choisi d’accompagner ses traducteurs, à moins que ce ne soit l’inverse… Nombre d’entre eux l’ont en effet traduit pour leur propre plaisir avant de proposer leur traduction à un éditeur. C’est le cas de sa traductrice tchèque Jovanka Sotolova, de ses derniers traducteurs en espagnol et en italien, Magali Sequera et Stefano Lodirio, ou encore du Canadien John Lambert pour les États-Unis, quatre des sept traducteurs réunis cet été au collège de Seneffe (Belgique) pour travailler avec « leur » auteur. Les traductrices Leena Tomasberg et Triinu Tamm venaient pour leur part d’Estonie et Wenzhu Pan, qui abordait sa première traduction d’un texte de Jean-Philippe Toussaint, de Chine où l’ensemble des livres de l’auteur a été traduit.

 Les traducteurs accueillis en résidence au château de Seneff

Le Collège des traducteurs qui les accueille, installé dans les anciennes écuries du château de Seneffe, transformées en chambres d’hôtes, reçoit en résidence chaque été depuis 1996 des auteurs ou des traducteurs en leur offrant un cadre et un calme propices à la création. « Priorité est donnée aux traducteurs étrangers d’auteurs belges de langue française, mais le collège ouvre également ses portes à toute autre combinaison linguistique, avec, toutefois, le français comme langue d’arrivée ou de départ », précise Françoise Wuilmart, sa fondatrice et directrice. Jean-Philippe Toussaint est familier des lieux où il a déjà mené cinq séminaires, le premier autour de la traduction de Autoportrait à l’étranger (2000), puis Faire l’amour (2003), Fuir (2006), La Vérité sur Marie (2010) et Nue (2014).

La session de cet été est pour la première fois consacrée à différents livres, dontFootball, déjà traduit et paru en juin dernier pendant la coupe d’Europe, en allemand FuBball, anglais Football, néerlandais Voetbal, et danois Footbold, en attendant les traductions italiennes Calcio, espagnole Fútbol et peut-être américaine Soccer

Les séances de travail avec l’auteur se déroulent chaque jour de 11 h à 13 h, pendant sept jours, et débutent par les questions sur les traductions en cours. Tour à tour, les traducteurs font part des difficultés qu’ils rencontrent. Pour cette première séance, l’expression « ligne morte » extraite de La Réticence semble donner du fil à retordre aux traducteurs dans plusieurs langues. John Lambert qui a déjà traduit l’ouvrage en anglais recherche pour ses collègues quelle solution il avait trouvée.

-« C’est où ? », interroge-t-il, en feuilletant sa traduction.
– « Premier paragraphe, tout au début », lui indique-t-on
– « C’est souvent là que les difficultés commencent… », ironise sa collègue estonienne.

Elles se poursuivent avec la boîte aux lettres. Jean-Philippe Toussaint mime le geste du héros, la façon dont il essaie d’ouvrir la boîte, de la tirer vers lui pour la faire céder, indique « c’est un mouvement plutôt vertical qu’horizontal », puis viennent les questions de vocabulaire. L’auteur consulte la définition de l’adjectif « savoureux » sur le site du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (une mine, un trésor, une corne d’abondance, ndr), précise qu’il l’emploie moins au sens culinaire que dans celui de « qui a du charme, du sel, qui séduit l’esprit, stimule l’attention, l’intérêt ». 

Tordre la langue pour rendre l’effet

On s’attarde longuement dans Football sur les expressions « chauve de cœur », puis sur l’équipe allemande « affligée » de maillots de rugby rouge et noir. « C’est quelque chose qu’on ne dit pas en français d’habitude », indique l’auteur. Aux traducteurs de trouver comment tordre leur langue pour produire le même effet comique. « Ché cosa é Une frappe très pure ? », interroge Stefano. « Lis la presse sportive italienne ! », l’encourage Jean-Philippe Toussaint qui n’emploierait certes pas « tir au but » pour « penalty »

Leena achoppe de son côté sur la traduction du mot « saison » dans la phrase « C’était l’occasion, le moment opportun, la faveur, la saison », tirée de Fuir. Le terme estonien, explique-t-elle, renvoie plus au labeur qu’au passage du temps. « Change. Prends le mot printemps », l’autorise l’auteur qui conseille à sa traductrice la relecture du poème de Guillaume Apollinaire Le Pont Mirabeau.

Traduction Assistée par Ordinateur de « caissons lumineux àTokyo »

Autre méthode que la paraphrase éclairante ou le synonyme adéquat pour préciser un élément du récit, la « Traduction Assistée par Ordinateur », ainsi nommée par Jean-Philippe Toussaint la première fois qu’il a eu recours à une de ses photographies pour expliquer à sa traductrice néerlandaise, Marianne Kaas, ce qu’étaient des « caissons lumineux » sur les façades de Tokyo dans une phrase tirée de Faire l’amour : « une colonne de lumière qui montait à la verticale le long de la façade, composée de sept ou huit caissons lumineux superposés qui annonçaient la présence de bars à chaque étage du bâtiment ».

Stefano cherche de son côté sur internet quelle « veranda » italienne, couverte ou pas, correspond à la terrasse toussaintienne, Leena vérifie l’aspect du litchi sur la tablette de Wenzhu, mais s’inquiète : combien de ses lecteurs estoniens pourront-ils reconnaître le fruit derrière le nom du personnage (Li Qi) ? Presque autant que de lecteurs français, probablement…

Le traducteur doit-il corriger les fautes de l’auteur ? Non.

La deuxième partie de la séance aborde des problématiques plus générales, telles que « Faut-il corriger les fautes de l’auteur ? », « Comment traduire les citations, les noms propres », etc. Jean-Philippe Toussaint donne son point de vue, sur les notes qu’il préfère en fin de livre pour ne pas gêner la lecture, sur les fautes qu’il convient de conserver puisqu’elles figuraient dans l’original, celles-ci parfois signalées par les traducteurs les plus scrupuleux. Yu Zhongxian, traducteur de Football, indique ainsi à ses lecteurs chinois que le joueur Ono ne portait pas le n° 8, comme écrit par l’auteur, mais le n° 18 (Note de bas de page supprimée dans la version finale…). 

Le traducteur est, faut-il encore en apporter la preuve, le plus vigilant des lecteurs. Il est aussi celui à qui revient le « final cut », comme l’énonce à de multiples reprises Jean-Philippe Toussaint. « Je n’ai pas de compétence pour juger de la traduction, je n’interviens que sur l’aspect littéraire. Pour le reste, vous restez aux manettes, c’est à vous qu’appartient la décision finale. Et il faut alors avoir la main ferme ».

« Le traducteur doit-il se montrer humble ou présomptueux? », Jean-Philippe Toussaint et ses traducteurs, Seneffe 2016

S’il se plaît à accompagner ses livres à l’étranger, Jean-Philippe Toussaint apprécie tout autant de participer aux créations et aux recherches expérimentales autour de son œuvre. Son livre La Réticence est ainsi au cœur d’un projet conduit par l’Université de Grenoble sur les brouillons de son tapuscrit. Une exposition consacrée à ce roman dont l’écriture fut malaisée, comme il en témoigne dans son essai L’Urgence et la patience, sera présentée en octobre prochain sur le campus grenoblois, avec un film expérimental tourné par trois étudiantes en master de cinéma.

Autre création originale, celle-ci à partir de la tétralogie Marie Madeleine Marguerite de Montalte, le concert littéraire MMMM, conçu et interprété par l’auteur avec le groupe Delano Orchestra, a été présentée en avril dernier au théâtre de l’Odéon à Paris où il a fait salle comble. 

Jean-Philippe Toussaint et ses traducteurs au festival Vo-Vf, le monde en livres

Jean-Philippe Toussaint, toujours accompagné de ses traducteurs (à moins que ce ne soit lui qui les accompagne…), sera en octobre au Festival Vo-Vf, le monde en livres pour une table ronde sur la traduction de ses livres, suivie d’une lecture musicale par l’auteur d’extraits de L’Urgence et la patience. Précieux recueil, dans lequel il expose son processus d’écriture et revient sur les lectures qui l’ont marqué, le livre est selon les mots de Triinu Tamm, sa traductrice en estonien : « Un véritable mode d’emploi de Jean-Philippe Toussaint ».

 Festival Vo-Vf, le monde en livres du 30 septembre au 2 octobre à Gif-sur-Yvette. Table ronde de Jean-Philippe Toussaint avec ses traducteurs le samedi 1er octobre à 16 h, suivie d’une lecture-performance de l’auteur avec Alexandre Rochon du Delano Orchestra. Réservation conseillée à partir de septembre. 

À consulter sur le site de Jean-Philippe Toussaint, sa traduction de Proust en français, les archives de ses séances de travail avec les traducteurs, lettres, brouillons, inédits, etc.

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Sélection d’EURODRAM 2016

Eurodram, réseau européen de traduction théâtrale, a le plaisir de vous communiquer le palmarès 2016 des textes originaux qu’il recommande à la traduction.

 

MEO

Ces textes ont été sélectionnés par les 259 membres des 25 comités linguistiques, parmi les 667 textes originaux reçus en 2015.  Pour information, c’est en allemand, en russe et en français que le réseau a reçu le plus grand nombre de textes. Des informations sur ces textes seront prochainement mis en ligne.

Arabe / Арабский / Arabic

★ منولوجاتسورية (The Syrian Monologs / Les Monologues syriens / Сирийские монологи) # Iman Aoun & Ashtar Theatre Ramallah / Театр Аштар Рамаллаха

★ مسافاتفيالظل (Pathway in the shade / Parcours dans l’ombre / Путь в тени) # Nagah Abdelnour / Нагах Абделнур

★ اسميعزالدين (My name is Ezzedine / Mon nom est Ezzedine / Моё имя – Эззеддин) # Amin Elsaleh / Амин Эльсалех

Белорусский / Biélorussien / Belarussian

Лондан (London / Londres) # Максiм Доська / Maxim Dosko

Опiум (Opium) # Вiталь Каралёу / Vital Korolev

Чырвоная птушка (Red Bird / L’Oiseau rouge) # Павел Расолька / Pavel Rossolko

Bosanski, hrvatski, crnogorski, srpski / Боснийский, Хорватский, Черногорский, Сербский

Kako je dobro videti te opet / Како је добро видети те опет (It’s so good seeing you again / C’est si bien de te revoir) # Olga Dimitrijević / Олга Димитријевић

Kuća s tri ruke / Кућа с три руке (House with three hands / La Maison à trois mains) # Marija Karaklajić / Марија Караклајић

50 udaraca / 50 удараца (50 strikes / 50 coups) # Tamara Baračkov / Тамара Барачков

български / Bulgare / Bulgarian

Апокалипсисът идва в шест вечерта (The Apocalypse comes at 6 pm / L’Apocalypse est prévue pour 18:00 / Апокалипсис приходит в 6 вечера) # Георги Господинов / Georgi Gospodinov

Борхестриптих (Borgestriptych) # Ясен Василев / Yasen Vasilev

Пепеляшки ООД (Cinderellas Ltd. / Cendrillon SARL / Золушки OOO) # Здрава Кaменова и Гергана Димитрова / Zdrava Kamenova & Gergana Dimitrova

Deutsch / Allemand / Немецкий / German

Von einer langen Reise auf einer heute überhaupt nicht mehr weiten Strecke (All about a long journey which nowadays is more of a short trip / Récit du long voyage sur un parcours qui n’est plus long du tout de nos jours / Рассказ о длинном путешествии, оказавшимся маленьким в наши дни) # Henriette Dushe / Анриэтт Дюше

Antarktis (Antarctica / L’Antarctique / Антарктика) # Christina Kettering / Кристина Кэттеринг

Illegale Helfer (Illegal assistance / Secours illégaux / Незаконная помощь) # Maxi Obexer / Макси Обексер

Ελληνικά / Grec / Греческий / Greek

★ ΝΑ ΖΕΙΣ (To live / Vivre) # Δούμος Γιάννης / Yannis Doumos

★ ΣΑΝ ΝΑ ΜΗΝ ΣΥΜΒΑΙΝΕΙ (Like it never happens / Comme si ça n’arrivait jamais) # Κωστοπούλου Ελένη / Eleni Kostopoulou

★ ZYKLON Η ΤΟ ΠΕΠΡΩΜΕΝΟ (Zyklon or Destiny / Zyklon ou le Destin) # Τριαρίδης Θανάσης / Triaridis Thanasis

English / Anglais / Английский

Propaganda Swing (Пропаганда Свинг) # Peter Arnott / Петер Арнотт

I See The Horizon (Je vois l’horizon / Я вижу горизонт) # Sara Clifford / Сара Клиффорд

Chair (La Chaise / Стул) # Yves Baignères / Ив Бэньер

Español / Espagnol / Испанский / Spanish

Que no quede ni un solo adolescente en pie (Let not one adolescent be left standing / Qu’aucun adolescent ne soit épargné) # Emiliano Pastor / Эмилияно Пастор

Verano en diciembre (Summer in December / Eté en décembre / Лето в декабре) # Carolina Africa / Каролина Африка

A Espana no la va a conocer ni la madre que la pario (Not even it’s own mother is going to recognise Spain / L’Espagne ? y’a même pas sa mère qui va la reconnaître ! / [title in Russian ?]) # Lucía Carballal y Víctor Sánchez / Лусия Карбаллал и Виктор Санчез

Français / Французский / French

George Kaplan (Георгий Каплан) # Frédéric Sonntag / Фредерик Соннтаг

Au bois ([title in English] / В лесу) # Claudine Galéa / Клодин Галэа

SaS # Lucie Depauw / Люси Дэпо

עִבְרִית / Hébreu / Иврит / Hebrew

★ מלך ירושלים מאת גלעד עברון (King of Jerusalem / Roi de Jerusalem / король Иерусалима) # Gilad Evron / Гилад Evron

★ אלוהים מחכה בתחנה מאת מיה ערד (God is waiting at the bus station / Dieu attend au terminus / Бог ожидает от автобусной станции) # Maya Arad / Mайя Аpад

★ חמוץ מאת ג׳סון דנינו הולט (Whore / Pute / шлюха) #  Jason Danino Holt /  Джейсон Данино Холт

Italiano / Italien / Итальянский / Italian

Milite ignoto – Quindicidiciotto (Unknown soldier – Fifteeneighteen / Soldat inconnu – Quinze-dix-huit / Неизвестный солдат – 98) # Mario Perrotta / Марио Перротта

Fuorigioco (Offside / Hors-jeu / Офсайд) # Lisa Nur Sultan / Лиза Нур Сультан

La Cena di Vermeer (Vermeer’s dinner / Le Dîner de Vermeer / Ужин Вермера) # Maria Letizia Compatangelo /МарияЛетициаКомпатанджело

Magyar / Hongrois / Hungarian / Bенгерский

★ Szutyok (Muck / Saleté / Грязь) # Béla Pintér / Ъела Пинтер

★ Castel Felice # Kornél Hamvai / Корнел Гамваи

★ Megfulladok (I’m drowning/ Je me noie / Я тону) # Bettina Almássy / Ьеттина Aлмаши

Mакедонски / Macédonien / Macedonian

★ Огнени јазици (Tongues of Fire / Langues de feu) # Горан Стефановски / Goran Stefanovski

★ Кирил и Методиј, Who Are You? (Cyril and Methodius, Who Are You ? / Cyril et Méthode, Who Are You ?) # Јордан Плевнеш / Jordan Plevnes

Polski / Polonais / Польский / Polish

★ Kobro (Кобро) # Małgorzata Sikorska-Miszczuk / Малгожата Сикорская-Мищук

Português / Portugais / Португальский / Portuguese

Ela diz (She says / Elle dit / Она сказала) # Carlos J. Pessoa / Карлос Ж. Пессоа

Veneno (Poison / Яд) # Cláudia Lucas Chéu / Клаудиа Лукас Чэу

Já passaram quantos anos, perguntou ele e outros textos (How many years have gone by, he asked and other texts / Combien d’années ont passé, il a demandé et autres textes / Сколько годах пришли) # Rui Pina Coelho / Руй Пина Коэльо

Română / Roumain / Румынский / Romanian

Anul disparut. 1989. (The Missing Year. 1989 / L’Année disparue. 1989 / Исчезнувший 1989 год) # Peca Stefan / Пеkа Стефан

Русский / Russe / Russian

Забыть и помнить (Forget and remember / Oublier et se souvenir) # Илья Члаки / Ilia Tchlaki

Кабаре Астория (Astoria Cabaret / Le Cabaret Astoria) # Михаил Хейфетс / Mikhail Heifets

Приключения О. в лабиринтах сноведений (Adventures of O. in the labyrinths of dreams / Les aventures de O. dans les labyrinthes des rêves) # Роман Дымчаков / Roman Dymtchakov

Shqip / Albanais / Албанский / Albanian

Gruaja në dritare (A Woman at the window / La Femme à la fenêtre / Женщина у окна) # Arta Arifi / Арта Арифи

Dashuritë e virgjëreshës Madelene (The Virgin Madelen’s Love affairs / Les Amours de la vierge Madeleine / Любви девственной Магдалены) # Ridvan Dibra / Ридван Дибра

Kuzhina e viktimave (The Victims’ Kitchen / La Cuisine des victimes / Кухня жертв) # Ilir Gjocaj / Илир Джоцай

Türkçe / Turc / Турецский / Turkish

★ Aç Köpekler (Hungry Dogs / Chiens affamés) # Mirza Metin

★ Sürpriz (Surprise / La Surprise) # Sami Berat Marçalı

★ Tetikçi (The Hitman / L’Homme de main) # Ebru Celkan

Українська / Ukrainien / Ukrainian

★ Лабіринт (Labyrinthe) # Олександр Вітер / Alexander Viter

★ Кицьканаспогадпротемінь (A pussy in memory of darkness / Une petite chatte à la mémoire de l’obscurité / Котенокнапамятьотьме) # Неда Неждана / Neda Nezhdana

★ Ми, Майдан (We the Maidan / Nous, le Maidan / Мы, Майдан # Надія Симчич / Nadiia Symchych

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